Switzerland

Vaudoise aréna: le Canton sévèrement mis en cause

Après avoir dénoncé les conditions de travail à la Vaudoise aréna, le syndicat Unia passe à l’attaque contre l’État de Vaud. Ce mercredi, il a saisi le Secrétariat d’État à l’économie (SECO), en tant qu’autorité de surveillance au niveau fédéral, en épinglant très sévèrement l’action du Service cantonal de l’emploi (SDE). Le syndicat estime que plusieurs défaillances ont été commises à partir du moment où une partie des travailleurs a donné l’alerte sur ses conditions de travail avec, parmi les griefs, du travail de nuit effectué sans autorisation et des heures supplémentaires excessives.

Auprès du SECO, Unia s’étonne en particulier que le Canton ait attendu deux mois pour agir formellement. Le 10 janvier, le conseiller d’État Philippe Leuba écrivait en effet une lettre au conseil d’administration du Centre sportif de Malley (CSM) exigeant un audit. Trop tard, pour le secrétaire syndical Arthur Auderset, qui relève qu’un inspecteur du SDE a entendu des employés lors d’une rencontre dès le 1er novembre 2019. «Le SDE aurait dû mener des contrôles sur place dès ce moment. Il pouvait examiner les fiches de timbrage et parler aux collaborateurs. Il aurait dû produire une sommation demandant à l’employeur de se conformer à la loi en lui donnant un délai. Rien de tout cela n’a été fait.»

Un contrôle après les JOJ

Pourquoi demander un audit plutôt qu’un contrôle de l’inspection du travail? Philippe Leuba a donné des éléments de réponse, mardi au Grand Conseil, suite à une question orale du député Alexandre Rydlo (PS). Il a expliqué qu’une lettre avait été demandée aux employés dès les premiers contacts, un document nécessaire selon lui pour permettre aux services du canton de contacter l’employeur. Cette lettre a été reçue le 13 décembre. Quatre jours plus tard, le SDE a contacté Jean-Jacques Schilt, président du conseil d’administration du CSM, afin de fixer une date pour un contrôle. «C’est la date du 27 janvier qui a été finalement retenue, notamment en raison des Jeux olympiques de la jeunesse qui limitaient les disponibilités des personnes concernées», a expliqué Philippe Leuba.

Pour Arthur Auderset, la lettre exigée des employés par le Canton n’était pourtant pas nécessaire. Pire, elle n’aurait servi qu’à les effrayer et à les exposer: «Après avoir remis cette lettre en décembre, les collaborateurs pensaient que le Canton allait agir. Au lieu de cela, le SDE a appelé l’employeur, l’a informé des dénonciations et lui a même donné le nombre de signatures.»

Mais les reproches ne s’arrêtent pas là. «Pourquoi le service a-t-il négocié avec l’employeur la date d’un éventuel contrôle, sans en informer les employés, en acceptant qu’il ait lieu après les Jeux olympiques de la jeunesse?» interroge Unia dans un communiqué diffusé mercredi. Ce n’est d’ailleurs pas la seule question que suscite ce contrôle. A-t-il eu lieu? Arthur Auderset affirme que les employés représentés par Unia n’en ont pas connaissance. Face au Grand Conseil, Philippe Leuba, lui, déclare qu’initialement prévu le 27 janvier, il a été maintenu et sera bien réalisé. Il n’en précise toutefois pas la nouvelle date.

«Souffrance aggravée»

«Le Canton n’a pas tout fait pour faire respecter la loi et, ce faisant, il a renforcé la souffrance des employés», accuse le syndicaliste. Selon lui, la loi n’est d’ailleurs toujours pas appliquée à la Vaudoise aréna: «Les employés ont travaillé de nuit sans autorisation pendant les JOJ et ça continue aujourd’hui. C’est extrêmement grave.» Contacté pour réagir aux allégations d’Unia, Jean-Jacques Schilt s’est refusé à tout commentaire. Il admet toutefois: «Vraisemblablement, il n’a pas été possible d’éviter du travail de nuit pendant les JOJ, notamment pour la cérémonie d’ouverture.»

Contacté également, Philippe Leuba a défendu point par point l’action du SDE, expliquant que l’autorisation des employés était nécessaire pour vérifier leurs allégations, qui n’étaient à l’origine que peu détaillées. Il dément également l’accusation selon laquelle ses services ont livré des indications permettant d’identifier les employés. Finalement, il défend que pour faire cesser une infraction, il faut la constater. «Si l’audit met en lumière des infractions, le SDE s’assurera que l’ordre légal soit rétabli.»