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Les prisons ouïgoures exposées au virus

La Chine est à nouveau pointée du doigt pour sa gestion de l’épidémie de coronavirus. Cette fois, à cause du traitement qu’elle impose aux Ouïgours, minorité musulmane du nord-ouest du pays. De passage à Genève, où elle participait mardi au Geneva Summit for Human Rights and Democracy, Jewher Ilham, la fille du dissident ouïgour Ilham Tohti, lauréat du Prix Sakharov 2019, estime que les conditions d’hygiène dans les camps sont telles qu’il existe un haut risque de propagation du coronavirus parmi les détenus.

Jusque-là, la région du Xinjiang a été relativement épargnée, avec seulement 55 cas signalés, selon les médias officiels. Mais la diaspora ouïgoure met en doute les chiffres du gouvernement. Selon elle, la menace est bien réelle. Une opinion que partagent de nombreux experts. «Nous avons des témoignages alarmants. Les gens sont entassés dans des espaces confinés. Ils ne bénéficient d’aucun suivi médical. Si le virus frappe, ce sera une hécatombe», affirme la jeune activiste des droits de l’homme. En août 2018, un comité d’experts de l’ONU a estimé qu’un million d’Ouïgours étaient détenus dans des camps d'internement et que deux millions d’entre eux le seraient dans des «camps politiques d’endoctrinement».

Ces derniers mois, le pouvoir chinois s’est efforcé de démentir tout acte de maltraitance à l’encontre de la minorité musulmane, expliquant seulement lutter contre la radicalisation. De nouvelles fuites de documents publiés par la BBC attestent du contraire et montrent que la pression exercée sur cette frange de la population est énorme. Jewher Ilham craint que Pékin, au lieu de renforcer les conditions sanitaires des détenus, se serve de l’épidémie de coronavirus comme prétexte à une répression accrue. Face au risque sanitaire, des voix s’élèvent depuis quelques jours pour que l’OMS exige l’envoi d’une délégation dans la région autonome du Xinjiang. Une pétition a même été lancée à travers les réseaux sociaux: «Si la communauté internationale échoue à obtenir de la Chine des mesures adéquates pour empêcher l’épidémie dans la région, la nature de son réseau massif de camps de concentration et de travaux forcés ajoutera une tout autre dimension au génocide en cours des Ouïgours.»

Dans un communiqué fin janvier, le Congrès ouïgour mondial (WUC) s’inquiétait déjà des risques encourus dans les camps, où les gens sont «vulnérables et affaiblis en raison des mauvais traitements». Si elle reste prudente, Jewher Ilham nourrit l’espoir de voir enfin surgir quelques changements. «Je crois que les Chinois ont compris que ce pouvoir leur mentait. La mort du docteur Li Wenliang, arrêté pour avoir lancé l’alerte dès le mois de décembre, a rompu la confiance», assure la jeune femme.