Switzerland

Le Conseiller fédéral Kaspar Villiger savait-il tout?

L’affaire d’espionnage planétaire entourant CryptoAG touche désormais de plein fouet le gouvernement suisse. L’ancien conseiller fédéral PLR Kaspar Villiger aurait su que l’entreprise de Zoug était contrôlée par des services secrets étrangers – et qu’elle vendait des technologies de chiffrement manipulées à de nombreux États sur tous les continents. Le Lucernois aurait préféré fermer les yeux et garder le silence.

C’est l’accusation formulée par l’émission «Rundschau» de la télévision alémanique, en prélude à un documentaire qu’elle a diffusé ce mercredi. Ce jeudi, «Temps présent» en transmet la version française. Les journalistes s’appuient notamment sur des documents des services secrets américains et allemands. Ceux-ci sont en la possession de la SRF, de la ZDF et du «Washington Post» depuis des mois.

Dans son article publié le 11février, le «Washington Post» écrit que les représentants des autorités suisses étaient au courant de l’opération: «Les documents montrent que, depuis des décennies, des représentants des autorités suisses étaient au fait des relations entre CryptoAG et les services secrets américains et allemands.»

Mais le «Washington Post» n’a pas mentionné de noms dans son enquête. L’ancien conseiller fédéral Villiger est aujourd’hui le premier des hauts responsables de la Confédération à être nommé par les médias ayant participé à l’enquête.

Kaspar Villiger a siégé au Conseil fédéral de 1989 à 2003. Jusqu’en 1995, il a dirigé le Département militaire fédéral (DMF), appelé DDPS aujourd’hui. À ce titre, il aurait su, au moins depuis 1994, que CryptoAG appartenait entre autres à la CIA, affirme la TV alémanique. Malgré les réserves morales, le conseiller fédéral aurait balayé l’affaire sous le tapis: «Villiger savait qui était propriétaire de la société», peut-on lire dans le document de la CIA. Mais le Lucernois a gardé le silence.

Kaspar Villiger, aujourd’hui âgé de 79ans, nie avec force cette présentation des faits. «Je n’étais pas au courant de cette opération de renseignement», répond-il suite à notre demande. «Je n’aurais jamais couvert des activités au profit de pays tiers qui pourraient nuire à la réputation de neutralité et de fiabilité de la Suisse, et j’aurais certainement thématisé cette question au sein du Conseil fédéral.»

Selon ses dires, tout ce qu’il sait sur cette affaire serait basé sur les informations qu’il a obtenues de la «Rundschau» lors de divers entretiens. «Je dois donc supposer que je n’ai pas été suffisamment informé pendant mon mandat», écrit M.Villiger. Cette déclaration suggère qu’il n’exclut pas la possibilité que des organismes subordonnés – en particulier les services de renseignements au Département militaire – aient été au parfum.

Kaspar Villiger affirme n’avoir «jamais eu de rôle actif» dans cette affaire. «Ne pas informer mes collègues du gouvernement aurait été contraire à mes convictions politiques», ajoute-t-il. Peu en importent les raisons, les notes de la CIA, selon lui, ne refléteraient pas la réalité.