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Switzerland

La Ville de Genève enterre sa meilleure carte de visite au fond d’un boulevard

Une inauguration municipale de plus. Ce mois de novembre est riche de cela, on les enchaîne un peu, comme une lettre à la poste, courrier B, la nouvelle adresse fêtée, certes utile, n’est pas prioritaire. Le Conseil administratif (CA) a envoyé son secrétaire général, Gionata Piero Buzzini, pour mettre des mots sans surprise sur la réouverture au public de l’Espace d’information de la Ville de Genève, au numéro 2 du boulevard Carl-Vogt.

Soit le guichet d’entrée pour tous les ignorants de l’administration municipale, un office de renseignements à vocation généraliste, consacré à l’actualité locale, à ses accès, aussi bien culturels que sportifs, délivrant cartes journalières et billets de spectacles, parlant toutes les langues (une bonne dizaine), aimant par-dessus tout le contact humain, le plan de salle déplié sur le comptoir, histoire de rêver ensemble au concert à venir.

En termes de fréquentation annuelle, il y a du trafic au guichet: 200 000 personnes, représentant plus de 16 500 visiteurs par mois, accueillis par cinq collaboratrices qui se partagent, du lundi au samedi compris, les cinquante heures de permanence hebdomadaire.

Nomade pendant une année, cette prestation citoyenne, après avoir vécu pendant six mois en container sur la partie haute des Bastions, retrouve donc un toit et des voisins. Ces derniers, installés au 1er étage, appartiennent au Département de la cohésion sociale et de la solidarité. Leur magistrate, Esther Alder, s’est déplacée ce mardi pour dire, elle aussi, quelques mots de la prestation offerte.

Celle-ci concerne l’Unité logement temporaire (ULT) et s’adresse aux personnes précarisées, cumulant les difficultés (endettement, problèmes de santé), au point de risquer de perdre leur chez-soi, si ce n’est pas déjà le cas.

Deux populations, certes distinctes dans leur demande, mais que rien n’empêche de se croiser. Au contraire: apprendre à la même adresse, en allant au contact de l’équipe sociale qui vous attend, qu’il existe dans notre ville des festivals de musique gratuits, accessibles à tous durant l’été, est aussi une autre façon de garder les deux pieds dans la vie de la cité.

Maintenant, pour être clair et franc, l’adresse se mérite. À cet endroit, masqué par des structures portantes qui aveuglent au lieu de montrer, le quartier porte mal son nom. On ne fait jonction avec rien ni personne. On court et on traverse. Cette vitrine municipale avait sa place au centre-ville, dans les bâtiments du pont de la Machine. Là, à l’angle éborgné du boulevard, on enterre sa visibilité. Une carte de visite au fond d’un tiroir. Vernissage triste.

Et sur ce pont piétonnier reliant une rive à l’autre, il reste quoi? Rien, sinon les propriétaires des murs, les Services industriels de Genève (SIG), occupant uniquement l’aile droite du bâtiment. Brasserie, Cité du Temps, billetterie et guichet de la Ville ont tous dû déménager. Le locataire est désormais unique.

La Fondation de la haute horlogerie (FHH) s’apprête à y installer son quartier général, en prévision de la programmation hors les murs, dite «in the city», du prochain Salon international de la haute horlogerie (SIHH), en mars 2020 à Palexpo. Les logés du pont changent de standing.

Les petites mains municipales, assurant le portail d’entrée populaire vers tous les départements, se trouvent ainsi délocalisées, du centre vers ce qui n’est quand même pas la périphérie. Mais il y avait sans doute mieux à trouver que ce secteur assez ingrat de la Jonction.

Le kiosque à musique du Jardin anglais, par exemple, plutôt sous-utilisé durant l’année, sinon par les sans-abri, aurait été parfait. Son architecture circulaire aurait même permis de fédérer les services municipaux, en invitant leurs ministères respectifs à faire promotion commune, en demandant aux portes-paroles de chacun d’eux – ils ne manquent pas – d’assurer eux aussi, pourquoi pas, une permanence quotidienne.

Bref, une prestation à taille humaine, de plain-pied, au cœur de la ville, douze mois sur douze. On rêvait à cela ce mardi à midi, en quittant cette nouvelle adresse du 2, boulevard Carl-Vogt, qui ne ressemble à rien.

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