Switzerland

L’Allemagne est ébranlée par le terrorisme d'extrême droite

Encore un attentat terroriste d’extrême droite en Allemagne! Le troisième en neuf mois. Après l’exécution par une balle dans la tête d’un représentant de l’État, en juin, puis l’attaque d'une synagogue bondée à Halle en octobre (deux morts), la double fusillade de Hanau de mercredi soir est un nouveau choc pour les Allemands, qui craignent désormais pour le maintien de la cohésion sociale dans leur pays.

Tobias R., un Allemand de 43 ans, a tué neuf personnes dans deux bars d’un quartier populaire de Hanau, une ville de 100'000 habitants à 20 km de Francfort, avant de tuer sa mère de 72 ans et de se suicider à son domicile. Selon les enquêteurs, Tobias R. aurait agi seul et se serait radicalisé tout seul sur internet. Les victimes avaient entre 21 et 44 ans et étaient toutes d’origine étrangère.

Le poison de la haine

«Le racisme, c'est du poison. La haine, c'est du poison», a réagi jeudi la chancelière, très inquiète de la montée de la violence et de la menace que représentent les discours de haine proférés par l'extrême droite allemande. Le tueur de Hanau est «le bras armé des mouvements identitaires», estime le grand quotidien de la gauche libérale «Süddeutsche Zeitung». «Cette haine est en train de ronger lentement notre société», a ajouté le leader écologiste Robert Habeck.

Les trois dernières attaques ont visé des étrangers, des Allemands issus de l’immigration, des juifs ou des élus favorables à une société d’ouverture. Le manifeste du tueur de Hanau, retrouvé jeudi par les enquêteurs, confirme une nouvelle fois cette idéologie inspirée du nazisme qui se cache derrière. «Le message est fondamentalement raciste», a insisté le procureur général, Peter Frank, en précisant que Tobias R. était sans doute atteint d’un délire de persécution. Il se sentait surveillé «depuis des années» par les services de renseignement, ce qui n’était pas le cas.

Le terrorisme d’extrême droite n’est pas nouveau en Allemagne. En revanche, la fréquence des attaques a augmenté. En réaction, le gouvernement a pris des mesures pour lutter contre cette menace longtemps sous-estimée par les services de renseignement, voire ignorée comme l’a démontré le procès du groupuscule NSU (Clandestinité nationale-socialiste), responsable dans les années 2000 de huit exécutions de commerçants turcs et d’un entrepreneur grec pour des motifs racistes. Les enquêteurs ont cru pendant des années à des règlements de comptes entre Turcs.

Le ministre de l’Intérieur a présenté seulement fin 2019 ses mesures de lutte et de prévention. Parmi elles, des sanctions plus sévères contre la «cyberhaine», le durcissement de la législation sur les armes et la création de 600 postes au sein de la police judiciaire fédérale allemande (BKA) pour contrôler l’influence des néonazis dans l’armée et dans les administrations.

Des dizaines de victimes

La semaine dernière, la police a démantelé une autre cellule de douze terroristes, le «Gruppe S», qui préparait des attentats sur des responsables politiques et des mosquées dans le but de «provoquer une guerre civile». Ils s’inspiraient de Brenton Tarrant, le terroriste de Christchurch qui tué 51 personnes en mars 2019 dans deux mosquées en Nouvelle-Zélande. Fin 2018, le groupuscule «Revolution Chemnitz» a été interdit par le Ministère de l’intérieur. Accusés d’avoir préparé un attentat à Berlin le 3 octobre 2018, le jour de la fête nationale, les responsables avaient l’intention de s’attaquer à la «dictature médiatique et à leurs esclaves».

Sans oublier la dissolution de «Combat 18», début janvier, qui a été mis en cause dans l’exécution de l’élu conservateur Walter Lübcke. L’affaire avait créé une onde de choc dans le pays et avait fait prendre conscience aux Allemands que le terrorisme d’extrême droite était aussi menaçant que l’islamisme radical. Selon les estimations, le bilan des violences néonazies depuis 1990 est de 100 à 170 morts pour des motifs purement racistes.