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Switzerland

Jorge González transmet superbement la flamme

À cause de ses cheveux roux, qui lui donnait une allure de fusée quand il courait derrière le ballon, on l’avait surnommé «la flamme». Né en 1903, José Maria González illumina le football argentin dans les années 1920-1930 sous le maillot du Racing de Buenos Aires, un des plus grands clubs du pays. Développant ses dribbles dans des terrains vagues terrassés avec des boîtes de conserve et des détritus, ce libéro réputé pour son célèbre «ciseau», un geste exécuté d’instinct avec les deux jambes, engendra plus tard un fils moins doué que lui pour le ballon rond. Lequel donna naissance à son tour à un môme moyennement adroit sportivement, mais doué artistiquement, le bédéaste Jorge González.

Une histoire de famille

Auteur notamment des très beaux «Bandonéon» et «Chère Patagonie», le dessinateur argentin installé en Espagne explore la mémoire familiale et part sur les traces de son grand-père dans un nouveau roman graphique résolument pictural. Une merveille de récit autobiographique aux tons monochromes - une déclinaison de gris, de bruns et de blancs cassés - où le crayon transparaît volontiers sous l’encrage et les coups de pinceaux virtuoses. Séduisant graphiquement, González reste un excellent conteur. Dans de grandes images dépourvues de texte, ou sur des pages «gaufrier» de neuf cases toutes de format identiques, oscillant entre l’esquisse, la gravure, la peinture et le dessin pur sans que cela ne nuise à la narration, le créateur de «La flamme» tisse patiemment sa toile.

Crédit: Editions Dupuis/Aire Libre

Au fil des treize chapitres de l’album, le temps s’écoule. Le petit José du début grandit, vieillit. L’enfant doué pour le football devient une star de son club, puis un obscur employé de ministère, une fois les crampons raccrochés. Le rouquin flamboyant se mue en quinqua aux cheveux grisonnants. Il bascule progressivement dans l’oubli. Meurt accidentellement. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Car González l’amplifie en parlant de son père, de lui-même, de son aîné, Mateo, apparemment brillant balle au pied. La boucle est bouclée.

Au passage, et ce n’est pas le moindre intérêt de ce beau pavé, il évoque la difficulté endémique du dialogue entre un père et son fils. Et s’interroge sur l’origine d’une vocation. Pourquoi devient-on ce qu’on est? Quel est l’influence de nos parents sur nos choix? Les peurs et les passions peuvent-elle se transmettre? Où se situe la limite des qualités ou des défauts qu’on hérite? Autant de questions posées par le biais d’un dessin époustouflant, à apprécier prochainement lors d’une exposition à Genève, en l’Ile.

«La Flamme»,
Jorge González,
Editions Dupuis, Aire libre, 304 p.

Exposition Jorge González,
planches originales, papiers,
1 place de l’Ile, du 27 février au 22 mars

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