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Switzerland

Bons baisers de Corée

Mine de rien, le réalisateur Éric Lartigau et le comédien Alain Chabat se fréquentent depuis plus de vingt ans. Les turbulences de la vie donnent la météo de leurs duos, des frasques de jeunes potaches façon «Mais qui a tué Paméla Rose?» à de plus mûres audaces style «Prête-moi ta main». «#Jesuislà» les saisit au vif d’un entre-deux-âges, un terrain vague plombé d’ornières et de parasites où se perdre pour mieux se retrouver. Ce flou existentiel rappelle d’ailleurs la zone des réseaux sociaux où s’effeuille désormais la carte du tendre. C’est là, sur Instagram, qu’un quinquagénaire, père et artiste un peu raté reconverti dans la restauration, croit trouver la femme de sa vie. Soo, peintre auréolée des mystères de l’Asie, exerce ses sortilèges en quelques clics. La comédie change alors de vitesse. De la fresque champêtre où claironnait l’accent basque de l’humoriste Blanche Gardin direction la Corée. Et le héros de s’embarquer pour Séoul, des fleurs de cerisier plein la tête. L’enthousiasme se fane très vite, le voit piétiner quatorze jours dans une autre bulle, les couloirs d’aéroport, un peu comme dans «Le terminal» de Steven Spielberg. Assumant sa «mélancomédie du solitaire», le réalisateur défend ce drôle de film en salle d’attente.

Comment qualifier «#Jesuislà», premier d’ailleurs à porter en titre un hashtag?
Disons que c’est une comédie romantique en solo. Avec de l’humour en douceur, le noir et gris de l’humain, le «laideux qui n’empêche pas le bonheur», comme me disait ma compagne, Marina Foïs. Après…

Le genre «chagrins d’humour», comme le notait un critique parisien?
(Soupirs.) En discutant avec le réalisateur Bong Joon-ho, j’ai appris qu’en Corée il n’y avait pas ces genres, comédie dramatique, rom-com, etc. Il était tout étonné de voir ces catégorisations en France. Chez lui, tout se mélange, c’est le nom du réalisateur qui indique le style de son cinéma.

Mais vous, à quoi vous identifier, entre les «Guignols de l’info», la série «H», les films avec Kad et Olivier, Alain Chabat ou «La famille Bélier»?
En gros, le point commun, ce serait la famille et comment gérer toutes ces valises dont la vie nous charge. Jusqu’où pouvons-nous aller avec ce bagage d’éducation, de culture, de liens, tout en osant poser les questions? Même si ça fait peur. Mais justement, je suis persuadé que c’est ainsi, par les petites trouilles surmontées, que nous grandissons.

Eric Lartigau, réalisateur né à Paris en 1964

Ici, c’est la crise de la cinquantaine?
Qu’on peut faire à d’autres âges, la crise des 20 ans, des 40, etc. J’y vois des cycles. À force de traîner son boulet, un jour chacun peut décider d’y faire face. En ce sens, j’utilise ma complicité avec Alain (Chabat). C’est un excellent transfuge. Par sa personnalité, il implique une solidité, exclut la débilité mentale.

N’est-ce pas fou de croire dans les images publiées sur Instagram?
C’est vrai que le personnage aurait pu se trouver au fond de son jardin dans le pays basque, pas besoin d’aller jusqu’à Séoul. Il ne se pose pas les bonnes questions. Ça rejoint aussi le paradoxe de notre époque où nous communiquons avec le fin fond de la Laponie ou de la Chine et pourtant restons si solitaires. D’un clic, vous allez d’un poème en mandarin à un ballet d’Angelin Preljocaj. Avec aussi cette conséquence: ce flux a priori fabuleux, si riche de sensations et d’images, finit par nous happer et nous laisse embourbés dans un vortex impénétrable.

Le héros, d’ailleurs, se leurre en pensant avoir eu «de longues conversations» avec son amoureuse?
Évidemment. Je déteste ces conversations modernes par émojis, likes et autres machins pictogrammés. Toute cette mise en scène est propice à un mensonge abyssal, où chacun se fabrique des fantasmes, s’exclut de la réalité.

Comment communiquer, un thème qui vous obsède?
Oui, le langage des sourds dans «La famille Bélier», déjà… C’est un terrain bourré de contradictions, marqué par les différences. Pour le coup, très souvent la volonté de parler à l’autre induit la formation de groupes, de clans et niches qui résistent. Souvent, je me demande comment raconter ma foutue p… d’histoire! C’est si intime de livrer ainsi un moment de sa vie.

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