Switzerland

Vincent Calmel expérimente l’art du portrait à distance

L’épidémie a poussé le photographe genevois à reconsidérer sa relation avec ses modèles. Pour «Distant portraits», il dirige les prises de vue à travers son portable.

L’écrivaine Mélanie Chappuis s’est prêtée au jeu du portrait à distance chez elle le 2 mai 2020.

L’écrivaine Mélanie Chappuis s’est prêtée au jeu du portrait à distance chez elle le 2 mai 2020.

Vincent Calmel

Les cascadeurs à Los Angeles et les expatriés japonais en Suisse: voilà les deux communautés que Vincent Calmel entendait soumettre à son objectif avant le coronavirus. Or, l’épidémie a remis ces desseins à plus tard. «Lorsque j’ai vu que cette crise allait durer, j’ai cherché une façon de poursuivre mon activité de portraitiste», explique le photographe genevois. Une séance de pose traditionnelle exige une proximité incompatible avec les mesures de distanciation. Comment immortaliser une personne de loin, sans pour autant utiliser la capture d’écran, peu satisfaisante en termes de qualité?

«Je voulais trouver un moyen de prendre le contrôle de l’écran de l’autre, afin de rester maître du cadrage.» Après quelques investigations digitales infructueuses, Vincent Calmel trouve un logiciel qui lui offre la possibilité de diriger la prise de vue, à l’exception du déclenchement. En dépit du fait que l’idée de ne pas être là lui paraisse «totalement aberrante», il propose à quelques proches de se faire tirer la bobine à distance. Plusieurs personnalités romandes se prêtent au jeu de ces «Distant portraits», dont l’auteur de bande dessinée genevois Zep, Julien Favreau, danseur au Béjart Ballet, ou les journalistes Zelda Chauvet et Emmanuel Coissy.

Rendez-vous virtuel

Les volontaires se voient livrer un trépied et une télécommande, ainsi qu’une tablette et un réflecteur. Ensuite, modèle et artiste conviennent d’une heure de rendez-vous virtuel. «Vincent m’a fait faire le tour de mon appartement, caméra à la main, afin de déterminer quelle pièce conviendrait le mieux, raconte Emmanuel Cuénod, lequel s’est soumis à l’expérience le 11 mai. On a opté pour la cuisine et son mur gris souris.» Devant son outil électronique, le directeur du Geneva International Film Festival (GIFF) obéit aux instructions du photographe, qu’il entend mais ne voit pas. «J’ai dû monter sur une échelle pour chasser du champ un bout de lampe, enlever une affiche. En fait, je jouais à la fois le rôle du sujet et de l’assistant, j’étais la main et Vincent l’œil.»

«J’étais la main et Vincent l’œil»

Emmanuel Cuénod, directeur du GIFF et modèle d’un jour
Emmanuel Cuénod dans sa cuisine et derrière un photophore, le 11 mai 2020.

Emmanuel Cuénod dans sa cuisine et derrière un photophore, le 11 mai 2020.

Vincent Calmel

Sur le cliché final, chemise blanche boutonnée jusqu’au col et barbe poivre et sel, il fixe l’objectif à travers le fond d’un récipient en verre ouvragé qu’il tient à la façon d’un monocle. «Il s’agit d’un photophore, sourit-il. J’ai empoigné cet objet pour rire et il est resté!» Emmanuel Cuénod conserve un très bon souvenir de cette séance inédite: «On a bien rigolé mais au-delà de ça, le rapport entre nous était presque plus intime que lors d’une prise de vue classique, peut-être que parce que l’absence physique contribue à l’illusion qu’on est seul chez soi.»

Patte de l’artiste

Avoir passé un excellent moment, c’est également ce qu’assure l’écrivaine Mélanie Chappuis, qui a allongé son élégante silhouette sur le velours clair du canapé de son petit bureau d’été, le 2 mai. «Vincent a demandé à Paloma, ma fille de 12 ans, de l’assister en tenant le réflecteur afin de rediriger la lumière. Nous avons profité d’une chouette après-midi de complicité familiale.» La romancière genevoise s’est avouée impressionnée de retrouver si présente la patte de l’artiste, malgré ces circonstances très inhabituelles.

L’intérêt du procédé réside dans le fait que, paradoxalement, l’éloignement affranchit de la distance, comme en atteste le portrait de Neyssan Falahi, né à Lausanne mais établi à Los Angeles. Le matin du 25 avril, le comédien a posé sur un fauteuil dans son arrière-cour californienne: «L’interaction avec Vincent était plus fluide, moins intimidante. J’avais quasiment l’impression qu’il était là, avec toute son énergie.» La chienne de l’acteur, «Love», y a aussi mis du sien, puisqu’elle a imposé sa haute stature de dogue allemand sur l’instantané.

Neyssan Falahi et sa chienne «Love» dans le soleil matinal de Californie, le 25 avril 2020.

Neyssan Falahi et sa chienne «Love» dans le soleil matinal de Californie, le 25 avril 2020.

Vincent Calmel

Comptant aujourd’hui une quinzaine d’images, la série, visible sur le site et le compte Instagram du photographe, se poursuit: «Avec le déconfinement, je vais aborder une seconde phase. Ce projet m’a beaucoup apporté. Il s’agit d’un autre type de relation photographique, passionnante.» Sans compter que, peu gourmande en déplacement et en matériel, la méthode est intéressante financièrement. Mais son créateur demeure lucide sur ses dangers: «La présence physique, la communication non verbale, est essentielle dans la réalisation d’un portrait. Je n’imagine pas m’en passer.»

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