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Varnish La Piscine, l’astronaute du rap genevois

Jules César? Christophe Colomb? Une seule et même personne! Alias Pink Flamingo, Fred Koriban ou Sidney Franco. Alias Varnish La Piscine. Tous en un, pour nommer ce musicien polymorphe, producteur vedette du label Colors, fameuse écurie du rap genevois. «La société a décidé que je m'appellerai Jephté Mbisi. J’ai donc choisi à mon tour d’endosser tous ces rôles selon mon humeur. À chaque nom son état d’esprit. Comme quand on choisit le matin de porter un tee-shirt bleu.»

Jephté Mbisi a 25 ans. Origines congolaises, enfance meyrinoise. La cité satellite est inscrite dans son imaginaire. Ses murs sont sa toile blanche. Ses façades précisément, pour une projection en grand format avec une musique créée pour l'occasion. À suivre vendredi 14 février dans le cadre d'Antigel, ce ciné-concert porte un titre énigmatique: «Les contes de Cockatoo».

L'idole Pharrell

Il voulait faire astronaute mais n’était pas assez bon en math. Il a envisagé la bande dessinée. Jephté Mbisi finit par se lancer dans un domaine aussi vaste qu’immatériel, la musique. C’est une vocation, ça l’a pris dès son enfance. Mère et père sont mélomanes. Sa sœur s’intéresse à la culture hip-hop. «Un jour, elle a mis dans son téléphone «I Still Love you» du trio 702, une production de Pharrell Williams et les Neptunes. Ça a été la révélation. J’avais 8 ans. Pharrell est devenu mon idole. Je voulais être comme lui. Deux semaines plus tard, je cherchais déjà comment m’y prendre.»

Pharrell Williams a su mettre de tout dans sa musique, rock, pop, R’n’B, rap, funk. «Un ovni. Comme si Dieu avait permis qu’un ange vienne sur terre.» Deux anges même: l’évangile de la nouvelle pop américaine, selon Jephté, c'est aussi Tyler, The Creator, autre compositeur de génie. «Ce sont des touche-à-tout. Leur travail m’a influencé. Mais j’avais déjà une telle pensée, totalement ouverte.»

«Révolution artistique»

Gonflé à bloc. Il en faut pour aller bouffer du lion. Jephté Mbisi a une quinzaine d’années seulement lorsque Théo Lacroix, maître ès sons du label, le convie. «Pourquoi? Pour rien, juste comme ça!» Voilà où ça mène. Très loin, lorsque le jeune homme se met à collaborer étroitement avec le rappeur Makala. Les deux font la paire, le duo aura lui aussi son alias: Les Frères La Piscine. Comme de juste. «On a un fonctionnement fusionnel. On ne fait plus qu’un.» En solo également, Jephté fait fureur. Paru en 2019, l’album «Le Regard qui tue» a été écrit comme un scénario de film. Des claviers somptueux, des cordes onctueuses, des dialogues décalés, humour, glamour, rebondissements, un polar tragicomique pour en mettre plein les oreilles.

«Le cinéma, ça te projette dans quelque chose que tu veux vivre. Avec le cinéma, tu peux donner à voir une vision que tu as dans la tête», confie cet utilisateur invétéré du logiciel FL Studio. L’informatique, le montage, encore un parallèle avec le cinéma. C’est de l’ordre du rêve. Des thrillers, Hitchcock plus que tout autre. «Fenêtre sur cour», la scène où le mec remonte chez lui, fume des cigarettes dans une pièce noire. Mamma mia, comme ça fait peur!» L’absurde également, «OSS 117», Tarantino aussi, Tim Burton encore, les Marvel, et Star Wars... «Ça me nourrit, ça m’inspire. Les idées défilent à toute vitesse, on va piocher dedans. Et ce n’est jamais fini.» Comme ce vendredi à Meyrin? «Il faut venir voir, avec les oreilles. Et le cerveau.» Jepthé Mbisi le dit dans un sourire immense: «Ça va être une révolution dans le monde artistique.»

«Les contes de Cockatoo»
Meyrin Parc, ve 14 fév., 18h30, gratuit. Infos: antigel.ch