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Une escape room pour les tout petits

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Tout commence par un vol de doudou. Séduite par un ourson, une voleuse masquée le dérobe dans la salle du centre de vie enfantine et va le cacher au sous-sol, au sommet d’une étagère. Quatre enfants apprennent la nouvelle en regardant le petit film témoignant de son larcin. «Ça fait peur…?» interroge Liam, 2 ans et demi, quand on leur dit qu’il va falloir aller récupérer la peluche. «C’est pour faire des blagues qu’on porte un masque», désamorce du mieux qu’il peut son éducateur.

À moitié rassurée, la petite équipe tente de retracer le chemin de la voleuse. D’abord, il va falloir prendre l’ascenseur, interdit aux enfants en temps normal. «Je peux appuyer?» demande la petite Samane, l’air coupable. Une fois dans la cabine, les quatre justiciers exultent. C’est l’aventure! Quand ils ont trouvé la salle qui fait office de prison, le travail peut commencer.

Renforcer la collaboration

«Le but de cette escape room est de renforcer la collaboration entre les enfants, explique Eve L’Eplattenier, directrice de centres de vie enfantine privés d’Educalis, qui en possède trois dans la région lausannoise pour quelque 150 enfants. On retrouve les mêmes profils que dans les groupes d’adultes: il y a des leaders, des suiveurs, certains qui préfèrent observer de loin…»

À voir les enfants évoluer dans la salle, on comprend que la collaboration n’est pas évidente quand on a entre 2 et 3 ans. Francesco fonce vers la première énigme, décidé à en découdre, jouant des coudes avec Samane. Il faut trouver la bonne clé pour ouvrir le coffre qui renferme la première marche de l’escalier qui mène au doudou. Liam observe à distance, méfiant. Quand Oscar est accaparé par un bol rempli de cailloux, qu’il vide gentiment; il en est déjà à l’étape suivante.

L’éducateur Hugo Salomon tente de fédérer ce petit monde. «C’est un âge où la coopération n’est pas très développée, sourit-il. Mais certaines énigmes ne peuvent pas être résolues seul. Parfois aussi, comme Oscar et les cailloux, ils trouvent des solutions par hasard ou par un chemin auquel nous n’avions pas pensé.» Car en effet, le jeu a été imaginé par l’équipe éducative. «On a fait ça avec nos yeux d’adultes, illustre Olivier Delamadeleine, directeur du groupe Educalis. Après, on doit faire confiance aux enfants dans ces étapes cruciales de leur développement.»

L’âge des «moi je»

Lorsque, enfin, les enfants délivrent le doudou des menottes qui le retiennent, après dix bonnes minutes et quatre énigmes résolues, la quête est un peu oubliée. Francesco s’intéresse davantage aux menottes, qu’on lui dit gentiment de laisser dans la salle. Oscar aimerait emporter les cailloux. Et Samane a lancé son dévolu sur une autre peluche. Seul Liam tient fermement le prisonnier: «Moi, j’ai été plus fort que la voleuse!» Minute papillon, «vous avez tous été plus forts», rectifie Eve L’Eplattenier.

Pas sûr qu’Oscar, Liam, Samane et Francesco auront appris les bienfaits de la coopération durant cet exercice participatif. Mais l’escape room fait partie d’un tout, qui veut permettre à l’enfant de développer la confiance en soi. «Notre idée est de mettre l’enfant en situation de réussite, de l’orienter solution, un réflexe qui peut s’acquérir jeune», indique Olivier Delamadeleine. Une fois par semaine, les enfants sortent en forêt, quelle que soit la météo. Ils apprennent l’autonomie au parc aventure. Et tous les trois ou quatre mois, les centres Educalis proposent une «journée de l’ennui», sans aucun jouet! «Petit à petit, ils sont moins autocentrés et apprennent qu’ils ont besoin les uns des autres», conclut le directeur.