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Switzerland

Trump, Greta et le nouvel axe du mal

La mise en scène est soignée. Elle a commencé à Lausanne voilà une semaine. Du haut des marches du palais de Rumine, Greta Thunberg s’adresse à la foule des 10'000 manifestants: «Bonjour Lausanne». Hurlements des fans. «Ça va?» Nouveaux cris d’une masse en délire. Atmosphère saturée. Ne reste plus qu’à entamer la longue marche vers Davos. Alerte majeure dimanche. Greta est grippée. L’altitude, les chauds et froids, le cocktail CO2/NOx sur la mythique promenade? Super Greta retrouve la niaque olympique pour le match du siècle. Greta contre Trump, David contre Goliath, l’ogre et la fillette. Deux mondes s’affrontent face au gratin planétaire. Le script est écrit. La presse fonce, à tombeau ouvert. Et tant pis pour l’empreinte carbone de ces milliers de tours du monde en équivalent Concorde effectués par les «Davos men» et médias (25% de femmes seulement) pour tutoyer les sommets grisons. Le «Blick», dans l’une de ses outrances créatrices, a parfaitement résumé le «choc» en divisant sa une en deux moitiés d’une symétrie rigoureuse. Trump «le plus grand» en haut, Greta «la plus grande», en bas, tête à l’envers. Deux lectures du monde contemporain. Celle, béatement optimiste, égotique et tonitruante de Donald Trump, qui proclame avoir sauvé l’Amérique, et donc le monde, de la catastrophe économique. Celle, paniquante et paniquée, de Greta Thunberg, qui veut sauver le monde, donc aussi l’Amérique, de la catastrophe climatique.

Et maintenant, choisissez votre camp. C’est là que les choses se compliquent.

Greta irrite avec son style «alter» pop star déprimé. Pas de chanson mais un discours aussi efficace que formaté au point qu’on cherche le maître en marketing, jamais très loin. Greta Thunberg veut de l’action «NOW». Elle a la saine impatience de ces dizaines de millions de jeunes suiveurs autour de la planète. Elle ne fait que traduire en émotions et en besoins les constats intangibles posés par les scientifiques du GIEC. L’impact est sidérant. Greta parle vrai. Elle touche les cœurs et l’esprit. Dans l’opinion publique, Trump ne semble avoir aucune chance. Les formules de la Suédoise, nourries d’une désaffection générale pour l’establishment politique, économique et médiatique, se sont transformées en mantras planétaires. Qui, sauf le président américain et quelques autres Bolsonaro attardés, ose encore affirmer que le réchauffement climatique est d’abord le fait des «prophètes de malheur»?

En très peu de temps s’est dessiné un axe du mal environnemental. Trump en est le chef de file. La parole de Greta est devenue l’étalon-or de l’écosystème. «Notre maison est en feu», répète-t-elle jusqu’à la surchauffe. Et la présidente de la Confédération, Simonetta Sommaruga, de reprendre la formule qui a transité par le secrétaire général des Nations unies: «Le monde est en feu», a lâché la présidente face à un concentré de médias planétaires. Propos spectaculaires, inimaginables au pays de la mesure et de toutes les prudences. Quand la Suisse se positionne aussi clairement sur un enjeu international, c’est que le consensus est en voie de sédimentation rapide.

Voilà pour la perception de l’opinion publique. Le match est joué. Greta a gagné.

Mais que dire du «sentiment public», voire de la «pensée publique» qui ne s’expriment pas ouvertement? Aucun doute que le scepticisme climatique est bien plus répandu aux États-Unis, mais également en Asie, bien sûr, et en Europe que ne l’indique la grand-messe sur l’alpe. Et surtout, le monde des affaires qui applaudit poliment les interventions de Greta tout en faisant tourner la machine à laver vert à plein régime n’a de loin pas opéré sa révolution. Trump, c’est leur garantie du business as usual. Croissance et dividendes First! Leur peur primale est économique, pas écologique. C’est la crise, l’effondrement des affaires qu’ils craignent plus que tout et qui, à en croire nombre d’entre eux, porterait atteinte à l’humanité. Trump dit haut et fort ce qu’ils n’osent à peine penser tout bas.

Mais combien de temps encore résisteront-ils à la pression de l’opinion publique relayée avec de plus en plus de force par les gouvernements? Davos est un formidable instrument à intégrer et normaliser les nouveaux courants. Nul doute que le WEF, en dépit de toutes ses ambiguïtés et contradictions, en aura aidé certains à sortir la tête des sables bitumineux. Et de l’axe du mal.

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