Switzerland

Scientifique, linguistique ou artistique, l’amour pulse partout

Niché au centre de l’imposant Palais de la découverte – l’aile du Grand Palais construite en 1937 et dédiée à la science –, un cœur cotonneux produit des battements lumineux. Sa structure duvetée contraste avec la froideur et la dureté de tout ce marbre qui l’entoure, comme pour mieux le protéger. De par son originalité dans un cadre aussi imposant, il attire le visiteur tel un aimant, curieux de cette soudaine pulsation lumineuse. Et, comme c’est souvent le cas pour les histoires d’amour, on s’embarque bien malgré nous, suivant une curiosité délicieusement titillée.

Grâce à une campagne d’affichage très réussie – un râteau illustrant la rupture, un adorable nounours pour le doudou ou un cœur de spaghettis renvoyant forcément à la cultissime scène de «La belle et le clochard» –, mais aussi au choix d’un thème universel, l’exposition temporaire «De l’amour» proposée par Universcience (qui chapeaute à la fois le Palais de la découverte et la Cité des sciences et de l’industrie) attire. Aussi bien les touristes que les curieux en passant par les nombreuses classes de jeunes que le ton moderne cherche à captiver.

Le pari était osé: passer par l’art pour traduire des études scientifiques compliquées et les faire résonner pour le plus grand nombre. Et c’est réussi. Chacun y trouvera un clin d’œil, un soupir, une sensation, une image ou un souvenir qui font écho à sa propre histoire. Et si «De l’amour» peut parfois paraître nébuleuse, c’est parce que sa multiplicité est désirée et assumée.

«Nous voulions vraiment nous adresser à tout le monde, s’enthousiasme Astrid Aron, cocommissaire de l’exposition. Bon, évidemment que «De l’amour» n’est pas vraiment recommandée pour les enfants de moins de 14ans. Non pas que nous y montrions des choses choquantes, mais certains concepts sont difficiles à saisir pour eux. Nos références sont donc intergénérationnelles et le parcours parsemé de jeux pour que les visiteurs entrent vraiment en interaction avec ce qui est présenté. Et je dois dire que nous sommes vraiment heureux, parce que les jeunes adultes sont vraiment au rendez-vous!»

L’importance du langage

La mise en bouche, appelée «galerie des attachements», présente la multiplicité de l’amour en faisant référence à quatre mots grecs: éros, le désir et la passion charnelle; agapè, l’amour désintéressé; philia, l’amitié ou le lien social, et finalement storgê, l’amour familial. Une entrée en matière qui place directement le langage au sein des liens entre êtres humains. Il réapparaîtra régulièrement via des poèmes, des graffitis dans les toilettes adoucis par de touchants mots d’enfants préenregistrés, via Proust dont le visage apparaît délicieusement dans les miettes de sa madeleine, mais aussi via les plus actuels SMS.

Après l’amour culturel au sens large, on pénètre dans le vif du sujet avec les études scientifiques sur lesquelles s’appuie la suite de l’exposition, qui nous amène à constamment naviguer entre hormones et amour romantique. On apprend que notre façon d’aimer résulte forcément des liens tissés bébés avec nos parents. Via des films et animations, on regarde les différentes manifestations de notre corps, de l’attraction sexuelle à l’attachement d’une relation durable en passant par l’état amoureux. On suit le circuit cérébral de la récompense et on tisse des parallèles avec toutes formes d’addictions. «Oui, un cerveau d’un amoureux brisé est un cerveau de drogué», confirme Astrid Aron, l’air désolé.

Pas d’érotisme universel

Il sera ensuite question, en vrac et c’est aussi cela qui entretient la flamme du visiteur, d’empathie, d’expressions grivoises, d’érotisme (on apprend qu’il n’existe pas d’érotisme universel et que chacun a son propre rapport à des objets souvent considérés comme sexy), de sexualité et de consentement. Ici, les explications scientifiques servent avec précision à expliquer certains comportements troublants. Si une personne en train de subir un traumatisme sexuel semble passive, manque de réaction et n’arrive pas à crier au secours, c’est simplement parce que son corps se met en mode défense et déconnecte temporairement son cerveau pour éviter… la crise cardiaque et donc la mort! Cela s’appelle la sidération traumatique.

Après la violence, on pousse un voilage pour se retrouver dans un univers plus coquin où on se met à jouer avec des pièces de puzzle: sur le mur pour construire des expressions grivoises souvent surannées et sur une table pour retracer l’histoire de sa propre sexualité. On sourit en s’apercevant que le poster d’une star sur le mur de notre chambre d’ado nous a certainement fait bien plus d’effet qu’on se l’imaginait à l’époque…

La visite se termine en écho avec le début, c’est-à-dire en poésie. Avec des chansons d’amour dans les oreilles, on peut fabriquer son propre calligramme personnalisé, où des mots d’amour ou d’amitié dessinent tantôt un corps nu, tantôt un joyeux lapin à ramener avec soi pour l’offrir à l’être aimé. Ou, mieux, à transformer en carton d’invitation pour l’emmener explorer ce monde de l’amour qui, finalement, n’a que très peu été étudié.