Switzerland

Remue-ménage dans les grands magasins genevois

Toutes les conditions sont réunies pour que le commerce de détail connaisse un début d’année mouvementé. Le groupe Manor se prépare à fermer son grand magasin de Zurich, chassé par l’assureur Swiss Life. Hors de question, dans ce contexte, d’imaginer même un instant se séparer de ses biens immobiliers genevois, et en particulier de son site de Cornavin. La famille Aeschbach au sens large, elle, a choisi de vendre son immeuble historique de la rue du Rhône, pour 100 millions de francs. Dans trois mois, son nouveau magasin de chaussures devrait ouvrir ses portes, rue du Marché, où se construit aussi un hôtel.

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Les environs de la place du Molard deviendront le cœur des grandes enseignes du commerce de détail non alimentaire. Reste à savoir qui reprendra un de ses principaux hôtes, Globus. Cette filiale de Migros est à vendre depuis six mois, mais la transaction tarde à se concrétiser. Le propriétaire de l’immeuble est le groupe zurichois Swiss Prime Site. Quant au groupe Brunschwig, qui possède le Bongénie, il a bouclé son exercice par une légère augmentation de son chiffre d’affaires grâce à une forte hausse des ventes en ligne (lire ci-dessous et notre édition du 18 janvier).

Cherté du franc

Selon une étude publiée jeudi par UBS, les commerçants gagnent désormais un franc sur dix grâce à internet. Au-delà de ces grandes manœuvres, le commerce de détail reste par ailleurs handicapé par la cherté du franc, un euro valant ces jours à peine 1,08 franc contre 1,13 franc en janvier 2019. Les fluctuations entre la monnaie nationale et la devise européenne sont très sensibles dans la région genevoise.

La mise en service du Léman Express (LEX) et le prolongement de la ligne de tram 17 facilitent la mobilité en direction de la Haute-Savoie. Mais, si le franc devait faiblir, ces nouveaux moyens de transport peuvent aussi attirer vers le centre de Genève une clientèle française qui, dans cette région, possède un pouvoir d’achat plus élevé qu’en moyenne nationale. La forte concentration et la variété d’enseignes, dans les Rues-Basses, restent un atout important pour les commerçants de cette zone.

Au niveau national, 2019 se solde par un bilan médiocre pour les enseignes spécialisées dans la vente de vêtements ou de chaussures. Selon une étude de Credit Suisse, ce segment a épongé une baisse de 4,5% de son chiffre d’affaires. Et il n’est pas sorti du tunnel. Les experts s’attendent à un nouveau recul des revenus, de 5%, en 2020. L’étude de la banque pointe aussi l’accélération de nouvelles méthodes de vente: «Elles vont de la navigation dans le magasin, en passant par la réalité virtuelle et augmentée ainsi que les miroirs intelligents, jusqu’au paiement mobile et les caisses en libre-service. Le paiement automatique sans espèce ou carte est d’ailleurs désormais devenu une véritable tendance.»

Pop-up stores

Manor essaie également de nouvelles approches. Dans son magasin bernois, des employés renseignent plus rapidement la clientèle au moyen de tablettes. Les magasins éphémères («pop-up stores») se multiplient aussi, en particulier en région zurichoise. Année après année, les jeunes issus des générations Y et Z, nés avec internet, montent en puissance. Délogent des baby-boomers vieillissants. Les commerçants s’adaptent. Épargné par toute crise économique, ce début d’année se profile comme celui des essais en tous genres.

Enfin, le commerce de détail dépend aussi des poussées démographiques. À Genève, le gain annuel de résidents est d’environ 4000 personnes. La hausse (0,8%) est sensiblement la même qu’en Suisse. Mais le canton peut compter sur une progression toujours forte des populations de sa couronne, dans l’Ain, la Haute-Savoie ou le district de Nyon.

Bongénie: merci internet

Détenteur du Bongénie, le groupe Brunschwig a réalisé en 2019 une hausse de 50% de ses ventes en ligne. Ce canal représente 5,5% de son chiffre d’affaires, qui s’est élevé à 170 millions de francs. C’est aujourd’hui la quatrième génération qui est aux commandes, représentée par un trio: les frères Pierre et Nicolas Brunschwig, entrés respectivement dans la direction en 1981 et 1983, et leur cousine Anne-Marie de Picciotto, qui les a rejoints en 1989. Cette famille ne souhaite pas vendre ses immeubles, et en particulier celui de la rue du Marché, abritant depuis 1910 son magasin historique. Sa première boutique date de 1891, quand Adolphe Brunschwig l’a créée, dans la même rue. Trois enfants désormais adultes, représentant la cinquième génération, occupent des fonctions importantes au sein du groupe. R.R.

Nouveau magasin Aeschbach

En avril, le marchand genevois de chaussures Aeschbach devrait ouvrir – si les travaux se déroulent comme prévu – une nouvelle surface de vente au 40, rue du Marché. Âgé de 39 ans, Sébastien Aeschbach en est le patron actuel, représentant la quatrième génération de cette dynastie de commerçants. «Nous comptons investir 2 millions de francs dans ce nouveau magasin», indique-t-il, en ajoutant avoir négocié un bail de vingt ans avec le propriétaire, le géant de l’immobilier PSP, qui possède vingt objets dans le canton. C’est en 1904 qu’Otto Aeschbach, son arrière-grand-père, a ouvert sa première boutique à Genève. Sébastien Aeschbach est aussi «convaincu que cette nouvelle adresse correspond mieux à notre enseigne». Un hôtel de la chaîne Citizen ouvrira peu après dans les étages supérieurs. R.R.

Manor veut rester propriétaire

Possédé par la famille Maus, le groupe Manor est échaudé par son litige avec le propriétaire du bâtiment de la Bahnhofstrasse à Zurich, l’assureur Swiss Life. Il entend conserver jalousement le contrôle de ses immeubles de Cornavin, où travaillent 800 de ses 1100 employés de la région genevoise. Et rester un grand magasin où on trouve de tout: blanc, textile, jouets, papeterie, cosmétiques, alimentation, articles ménagers. Sans fournir de détails chiffrés, Fabian Hildbrand et Sofia Conraths, porte-parole de Manor, indiquent que «la région genevoise a effectué des performances au-delà de la moyenne par rapport au groupe». Le tourisme d’achat s’est stabilisé sur un haut niveau. En 2021 et 2022, Manor planifie «de grands investissements» dans le supermarché de la rue Cornavin. R.R.