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Procès de Trump: le Sénat entame les débats de fond

Donald Trump a essayé de «tricher» pour remporter un second mandat à la Maison Blanche, a accusé mercredi le procureur en chef Adam Schiff en ouvrant les débats de fond au procès en destitution du président des Etats-Unis.

Après une première journée marathon qui a fixé le cadre de ce procès historique, les cent sénateurs se sont retrouvés mercredi à la mi-journée pour écouter l'accusation dérouler ses griefs.

L'élu démocrate de la Chambre des représentants Adam Schiff, choisi par ses pairs pour porter l'accusation, est revenu sur les deux chefs d'accusation retenus le 18 décembre contre le locataire de la Maison Blanche: abus de pouvoir et entrave au travail du Congrès.

Donald Trump a «exercé des pressions sur l'Ukraine pour qu'elle annonce des enquêtes» pouvant servir sa campagne de réélection, dont l'une visait à «salir» un de ses rivaux potentiels, le démocrate Joe Biden, a assené cet ancien procureur. Pour parvenir à ses fins, «en d'autres mots pour tricher», le président a notamment «gelé des centaines de millions de dollars d'aide militaire à un allié stratégique en guerre avec la Russie», a-t-il poursuivi.

Une fois ses actes rendus publics, après l'intervention d'un mystérieux lanceur d'alerte, Donald Trump a «utilisé ses pouvoirs» pour mettre des bâtons dans les roues aux enquêteurs de la Chambre, a encore déroulé Adam Schiff.

Ce fin connaisseur du dossier d'accusation, qui a supervisé les investigations à la Chambre, a dépeint «les efforts» déployés «sur plusieurs mois» par des proches du président en Ukraine, appuyant son intervention d'extraits vidéo des auditions de témoins ou d'interviews de l'impétueux milliardaire.

«Au travail»

«Ces gens sont fous!» Depuis la Suisse, où il assistait au Forum économique mondial de Davos, Donald Trump s'était redit dans la matinée victime d'un «coup monté» orchestré par l'opposition démocrate.

Le président de 73 ans a assuré qu'il aurait «adoré» assister aux débats et qu'il soutenait «personnellement» l'idée d'un procès long avec plusieurs témoins. Mais, a-t-il poursuivi, ses avocats ont jugé sa présence «problématique» et l'audition de ses proches conseillers poserait «des problèmes de sécurité nationale». «Il faut que le pays se remette au travail», a-t-il encore dit.

Autant de motifs justifiant selon lui la position des sénateurs républicains, qui ont rejeté à l'unisson mardi onze amendements déposés par les démocrates pour obtenir de nouveaux documents et témoins.

La guerre d'usure, qui s'est jouée pendant près de treize heures dans l'enceinte feutrée du Sénat, préfigure l'issue probable du procès: un acquittement de Donald Trump, probablement très rapidement, grâce au soutien indéfectible des 53 sénateurs républicains (sur 100 élus).

D'ici là, les démocrates espèrent convaincre l'opinion publique que le président, le troisième seulement de l'histoire des Etats-Unis à subir un tel procès après Andrew Johnson en 1868 et Bill Clinton en 1999, a bien abusé de sa fonction. Les sept élus chargés du rôle de procureurs disposent de 24 heures, étalées sur trois jours, pour exposer leurs arguments.

«Patriotes»

Puis ce sera au tour de la défense, menée par l'avocat de la Maison Blanche Pat Cipollone, pour la même durée. Ce discret juriste conservateur s'est dit convaincu que les débats prouveraient que le président «n'a rien fait de mal».

Les sénateurs, qui font office de jurés, auront ensuite 16 heures pour poser leurs questions, par écrit. Elles seront lues par le président de la Cour suprême des Etats-Unis John Roberts, chargé par la Constitution de présider ce procès.

Entre-temps, ils devront rester vissés sur leur siège sans prendre la parole, ni consulter leur téléphone ou ordinateur, les équipements électroniques étant interdits dans l'hémicycle.

Ce cadre strict vise à assurer la dignité des débats. Il n'a toutefois pas empêché mardi l'accusation et la défense d'échanger des piques acerbes, au point que John Roberts a dû les rappeler à l'ordre.

«Des patriotes sont assis des deux côtés» de l'hémicycle, a renchéri mercredi l'aumônier du Sénat. «La manière dont les choses sont dites est parfois aussi importante que ce qui est dit», a ajouté Barry Black dans son sermon quotidien.

Un premier vote est attendu en fin de semaine prochaine: les sénateurs devront décider s'ils acceptent de convoquer de nouveaux témoins, comme le réclament les démocrates. Ces derniers devront convaincre quatre républicains de briser les rangs pour obtenir gain de cause, ce qui, compte tenu des tensions actuelles, semble difficile.

En fin de procès, les sénateurs devront aussi voter sur la culpabilité du président. La Constitution impose une majorité des deux tiers pour le destituer, un scénario improbable à l'heure actuelle. (afp/nxp)

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