Switzerland

Liberée, Lara Gut-Behrami goûte à une victoire inattendue

Lara Gut-Behrami a déboulé au moment où on l’attendait le moins. Alors que Corinne Suter attirait toutes les sollicitations à Crans-Montana, la Tessinoise s’est approprié vendredi la première des deux descentes sur le Haut-Plateau. La skieuse de Comano a retrouvé cette rapidité, cette impression de facilité qu’elle avait perdues depuis (trop) longtemps. Sa coéquipière a été reléguée à 8 dixièmes.

Lara Gut-Behrami, sevrée de victoire depuis janvier 2018, ne s’était plus imposée en descente depuis plus de trois ans. Une éternité pour une championne de cette trempe. «C’est sûr que ça peut paraître long si on considère l’ensemble de ma carrière, a-t-elle reconnu. Mais un succès a la même saveur, peu importe si on n’a plus gagné depuis un jour ou des années.»

Émotions contenues

En franchissant la ligne, Lara Gut-Behrami a fait preuve de la même réserve. Malgré le coup d’éclat, l’avance colossale, elle n’a rien laissé transparaître. Ou presque. Le dossard 18 a simplement serré le poing avant de se retourner pour saluer le public. Une retenue répétée à l’envi devant chacun des micros qui ont prolongé son marathon médiatique. «Je n’ai jamais été une athlète qui a fêté ses victoires comme une hystérique, qui a sauté partout, a-t-elle rappelé en conférence de presse. Dans le passé, il m’est même arrivé de ne pas savourer une victoire, en étant déjà projetée sur la course d’après.»

Vendredi, Lara Gut-Behrami s’est promis de passer du temps avec ses parents et sa meilleure amie, de profiter du moment en «toute simplicité». «Malheureusement, Valon (ndlr: Behrami) joue samedi avec Genoa et mon frère est en Slovaquie.» Un clan qu’elle n’a malgré tout pas manqué de saluer après sa victoire, «car ils ont été là, peu importent les résultats».

Des classements et des chiffres sur lesquels la Tessinoise a cherché à prendre du recul. Animée par une volonté profonde de relativiser, de ne plus se définir uniquement aux yeux du grand public par ses performances. À 28 ans, Lara Gut-Behrami cherche un autre sens à son parcours d’athlète, mais surtout de femme. Une quête qu’on pouvait à nouveau lire entre les lignes vendredi. «Cette victoire ne va pas changer ma vie. Ce n’est qu’une journée dans ma carrière. Il y a des choses bien plus importantes dans la vie.»

Les réseaux sociaux délaissés

Depuis ses fiançailles avec le footballeur Valon Behrami, à l’été 2018, l’athlète a aussi délaissé les réseaux sociaux. «J’ai la chance de pouvoir pratiquer ma passion, le ski, au quotidien, mais ça reste un métier. La vraie vie, c’est à la maison que cela se passe. Auprès de mes proches.»

La vainqueur du classement général de la Coupe du monde en 2016 a perdu de sa superbe. Mais elle poursuit son cheminement, parlant plus ouvertement de ses doutes, de ses difficultés et des sacrifices qu’elle doit accomplir pour rester au meilleur niveau. «Cela a parfois été douloureux et compliqué, a-t-elle expliqué après cette 25e victoire en Coupe du monde, la première depuis son mariage. Je me suis mise sous pression, j’ai dû lutter contre moi-même.»

Un «chantier énorme»

Elle ne le dit pas, mais la championne a aussi souffert d’être reléguée dans l’ombre, alors que ses coéquipières en équipe de Suisse brillaient. La piste du Mont-Lachaux, qui s’était toujours refusée à elle, lui aura permis de trouver ce fameux «clic», de faire fructifier en mondovision les efforts consentis dans l’anonymat de l’entraînement. «Le chantier semblait énorme, a-t-elle imagé devant les médias tessinois. Il fallait corriger des centaines de milliards de choses. Ce vendredi, je n’ai pas eu à réfléchir. J’ai simplement skié.»

Fidèle à elle-même, Lara Gut-Behrami n’a pas tardé à évoquer la deuxième descente, insistant sur l’importance de confirmer cette promesse de renaissance. Mais peu importe le résultat samedi, elle est à la recherche de bien plus, de quelque chose de plus profond qui anime déjà le reste de sa vie.