Switzerland

Les Soins intensifs dans l’œil du cyclone

«Essayez de bouger les pieds. Concentrez-vous… Oui, c’est bien!» Au cœur de la crise, il y a des moments de grâce. Ce cœur, ce sont les Soins intensifs du CHUV, où un patient vient d’ouvrir les yeux. Sous respirateur depuis plusieurs jours, il était plongé dans le coma grâce à un puissant cocktail de sédatifs. Puis il a donné des signes d’amélioration. Une infirmière et son collègue l’accompagnent dans ces premiers instants de son réveil.

Délicate, la phase d’atterrissage peut durer deux à trois jours avant que l’homme ne parvienne à se passer de respiration artificielle et soit transféré dans un autre service. On apprend qu’il fait partie des malades du Covid-19 accueillis ces derniers jours en provenance de l’est de la France. Là-bas, les hôpitaux sont déjà saturés. Au CHUV, tout est fait pour ne pas en arriver là.

450 soignants en renfort

Un peu plus tôt, à 7 heures du matin, l’équipe des Soins intensifs faisait justement un point de situation, comme chaque jour. Ce mardi, pour 35 patients infectés, le service dispose désormais de 58 lits. À cela s’ajoute 21 lits destinés aux cas «non-Covid», dont 4 sont encore libres. Une belle marge? «Nous essayons d’avoir toujours un coup d’avance», souffle Anne Fishman, l’infirmière cheffe de service. Car il n’y a pas que l’afflux de patients, qui arrivent de tout le canton, parfois transférés d’hôpitaux régionaux. «En moyenne, les malades restent intubés une dizaine de jours. Il faut pouvoir les garder ici le temps nécessaire.» Alors qu’ils comptent 35 lits en temps normal, depuis la crise, les Soins intensifs ont plus que doublé, et ce n’est pas fini. Ce jour-là, 12 lits viennent de s’installer dans des locaux jusque-là occupés par une unité des urgences, qui a déménagé plus loin. À brève échéance, 27 lits supplémentaires sont prévus.

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Cette montée en puissance ne concerne pas que les places disponibles. En un mois à peine, le service est passé de 250 à 700 soignants. «Actuellement, nous intégrons à peu près 50 personnes tous les trois jours», estime Anne Fishman. Des renforts venus d’autres services, des hautes écoles et même de l’armée. «Sans compter les médecins, anesthésistes et autres soignants, nous fonctionnons avec une équipe de trois infirmiers pour trois patients, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7», relève l’infirmière cheffe, qui estime qu’avec les forces actuelles, le service peut garantir une qualité de prise en charge correspondant aux standards habituels. «Ce ne serait pas possible sans l’investissement extraordinaire des équipes.»

Une petite armée

Dans ce service augmenté, plusieurs unités comprennent chacune une dizaine de patients alignés dans des lits qu’aucun paravent ne sépare. Le corps abandonné et vulnérable, ils dorment au milieu d’une batterie d’appareils, pendant qu’autour d’eux, médecins, infirmiers et aides-soignants s’activent. Densément, constamment, mais avec calme et concentration, comme s’ils étaient dans l’œil du cyclone. Cette petite armée s’occupe des malades les plus graves, touchés par une inflammation des poumons qui entraîne un syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA).

«Les intensivistes connaissent très bien ce syndrome, car il peut être provoqué par bien d’autres pathologies que le Covid-19, souligne le Professeur Mauro Oddo, chef du Service de médecine intensive adulte. La ventilation mécanique permet de diminuer la mortalité, mais les patients intubés restent très fragiles et sont exposés à des complications, en particulier en cas d’âge avancé et de maladies cardiaques et pulmonaires significatives.»

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Sur les lits, il n’y a pourtant pas que des personnes âgées. «Le Covid-19 est une pathologie étonnante, qui peut devenir très grave, très rapidement, observe Anne Fishman. Il m’est arrivé de voir des patients jeunes laisser passer quelques jours sans consulter pensant qu’ils n’avaient rien de sérieux. Ils ont dû être intubés dès leur arrivée à l’hôpital.»

Au cœur de l’épidémie, les soignants vaudois n’ont pas la lourde panoplie qu’arborent parfois leurs collègues chinois, français ou italiens (lire en encadré). Le masque est de rigueur dans tout le service, mais l’équipement n’est renforcé que lorsque des soins sont prodigués au plus près des patients. Il se compose alors du fameux masque FFP2, de lunettes, de gants et d’une surblouse.

«Le Covid-19 n’est pas une fièvre hémorragique comme Ebola qui, elle, nécessite des scaphandres et des bottes, explique Mauro Oddo. Tout l’enjeu est d’éviter les contacts et la projection de gouttelettes.» Il désigne une femme qui respire grâce à un tube inséré dans la bouche. «Aux soins intensifs, les patients respirent à travers un circuit fermé.» À cela s’ajoute un système de réglage de pression dans les salles qui réduit la circulation de l’air. «Le CHUV atteint un haut niveau de performances dans ce domaine.»

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Il y a une semaine encore, des soignants du CHUV alertaient sur le manque de masques, y compris aux soins intensifs (notre édition du 27 mars). Mauro Oddo, lui, martèle: «Nous avons le matériel qu’il nous faut.» Ce message, répété en conférence de presse mercredi par la conseillère d’État Rebecca Ruiz, semble confirmé par l’infirmier responsable de la logistique et du matériel, Valery Plouhinec. «Nous recevons chaque jour un semi-remorque de consommables, rien que pour ce service.» Selon lui, les contacts étroits de l’hôpital vaudois avec ses fournisseurs ont permis de faire face dans de bonnes conditions et une livraison bloquée à la frontière a pu finalement arriver. Mais il a aussi fallu être créatif, par exemple, en récupérant et en réparant plusieurs respirateurs prêtés à des instituts de formation.

«Comme une bulle»

«Malgré les circonstances, nous n’apportons pas des soins aux rabais», assure un autre infirmier du service. Le prix de cette victoire se lit toutefois sur son visage et dans sa voix. «Je vois mes enfants une heure par jour, et parfois pas du tout», glisse-t-il. Cela fait aussi quelques jours qu’il a arrêté de suivre les nouvelles, trop nombreuses, trop perturbantes. «Les Soins intensifs sont comme une bulle. Nous sommes totalement concentrés.»

Ému, le jeune homme remarque que les soignants n’ont jamais pris autant de temps, chaque jour, pour parler de leur ressenti, surtout quand ça «s’est mal passé». Des sensations fortes de solidarité et d’engagement qui se bousculent avec d’autres. «Quand on voit le matériel de protection dont disposent les soignants dans d’autres pays, cela crée un sentiment d’anxiété paradoxal. Nous devons nous-mêmes expliquer aux collègues pourquoi les choses sont ainsi au CHUV.»

Mardi, le nombre de patients hospitalisés dans les différents hôpitaux du canton était de 310 cas, dont 80 en soins intensifs. Des chiffres relativement stables depuis quatre jours. Une première qui donne espoir. Aux Soins intensifs, Mauro Oddo reste prudent et continue de voir aussi loin que possible. «Notre capacité d’accueil a déjà plus que doublé. Avec la même stratégie, nous pouvons encore monter en puissance jusqu’à au moins 110 lits, mais nous sommes aussi prêts à un scénario qui nous ferait aller au-delà.»

Pour que ce scénario n’arrive pas, comme tous les soignants du monde, il en appelle à la population pour qu’elle reste chez elle. «Nous faisons notre part. La seule chose sur laquelle nous n’avons pas de contrôle, c’est ce qui se passe à l’extérieur.»

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