Switzerland

Les ski-clubs délaissent la Dôle pour la neige des Alpes

La Côte, plutôt viticole et lacustre que montagnarde, compte tout de même une douzaine de ski-clubs. Les proches reliefs jurassiens ont motivé leur création il y a quelques dizaines d’années. Mais de plus en plus, les membres de ces clubs ne vont plus skier dans le Jura. En quête de neige et de stations offrant un choix diversifié de pistes, ils organisent leurs sorties et camps de ski dans les Alpes vaudoises et valaisannes. Cette tendance pourrait s’inverser le jour où les massifs de la Dôle et des Tuffes feront partie d’un même domaine skiable.

Les ski-clubs que nous avons recensés se divisent en deux catégories: ceux des villes, à Nyon, à Rolle et à Morges, et ceux des villages situés au pied du Jura, entre LaSarraz et Arzier. Les plus grands d’entre eux dépassent les 200membres, et les plus modestes se limitent à quelques familles. Tous poursuivent le même objectif: faire la promotion du ski chez les jeunes en proposant des activités encadrées à des prix attractifs.

Seulement les petits

Parmi tous ces clubs, ils ne sont plus que deux à organiser des sorties le mercredi après-midi dans le Jura, pour apprendre à skier aux plus jeunes: le Ski-Club Nyon, dernier à se rendre à la Dôle, et La Gamelle (communes de Bassins, de Le Vaud et de Burtigny), qui préfère aller aux Jouvencelles, en France, parce qu’on y trouve de la neige artificielle et des pistes plus faciles.

Pierre Girard, président du Ski-Club Nyon (238membres), se félicite du succès remporté par ces sorties accompagnées. «160enfants de 7 à 11ans se sont inscrits l’hiver dernier. Mais une fois qu’ils ont appris à skier, ils veulent autre chose de plus fun. Alors nous organisons six samedis dans les Alpes avec les 11-18ans. Comme ils sont encadrés par nos moniteurs Jeunesse et Sport, nous touchons des subventions. Les six samedis coûtent seulement entre 220 et 240francs, transports et abonnements compris.» Nyon est aussi le seul club de la région à gérer une section compétition de 34jeunes, qui s’entraîne essentiellement aux Diablerets.

Entre Nyon, Saint-Cergue et la Dôle, le lien est historique. C’est d’ailleurs la compagnie de chemin de fer Nyon-Saint-Cergue-Morez qui a construit les premières remontées mécaniques. Le 25janvier 1939, un téléluge était inauguré sur le versant nord de la Dôle, et depuis 1946, le ski-club possède une cabane au col de Porte, avec une vue imprenable sur le lac.

«Nous ne pouvons pas prendre le risque d’organiser des sorties sans être sûrs d’avoir de la neige»

Ce n’est pas le cas du Ski-Club Morges (210membres), contraint d’aller chercher l’or blanc dans les Alpes. Dimanche dernier, un bus partait tôt le matin du parc des Sports pour Anzère (VS). «Nous ne pouvons pas prendre le risque d’organiser des sorties, des week-ends et des camps de ski dans des endroits où l’on n’est pas certains d’avoir de la neige, explique Frédéric Mojonnier, responsable administratif du club. L’important, c’est de donner envie aux jeunes de faire ce sport en restant attractif au niveau des prix.»

Le cas du Ski-Club de Rolle est encore différent, puisque toutes ses activités ou presque tournent autour du chalet de 54couchettes que le club possède à Planachaux, sur Champéry (VS), sur le domaine skiable des Portes-du-Soleil. «Nous y accueillons les écoles pour des camps de ski en semaine, ce qui nous permet de salarier un couple de gardiens l’hiver, raconte son président, Serge Hugi. Les membres s’y retrouvent le week-end dans une ambiance très familiale.»

La plupart des autres ski-clubs de LaCôte font aussi leurs sorties dans les Alpes. Même celui de Saint-George (100membres), qui a pourtant deux téléskis sur son territoire. «Nous y faisons des cours d’initiation, mais aucun n’a pu fonctionner en ce début d’année, regrette le président, Alain Monney. Il y a moins de neige que dans le temps.» Idem au Ski-Club Arzier-Saint-Cergue, autrefois très actif, qui se résume à quelques familles. «Il n’y a plus assez de neige pour organiser nos courses nocturnes à Saint-Cergue. Mais on garde le club en vie, pour les générations futures», déclare Suzanne Jaquet, membre du club, toujours optimiste.

Développement attendu

Car cette skieuse attachée à son Jura espère bien que le développement très attendu des installations à la Dôle et aux Tuffes, côté français, va redynamiser la pratique de ce sport dans la région. Étienne Bovard, directeur de l’École suisse de ski LaDôle, en est aussi convaincu. «Il y a déjà eu des efforts pour améliorer les remontées et les pistes. On oublie que la Dôle est plus enneigée qu’on pourrait le croire. Mais quand le télésiège de liaison entre les deux massifs sera réalisé et que la zone d’accueil sera terminée, le domaine skiable n’aura plus à rougir des stations alpines.»