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Switzerland

Les Rencontres du 7e art s’enracinent à Lausanne

Modeste mais fiérot comme un jeune père, Vincent Perez, inventeur des Rencontres du 7e art, à Lausanne, l’avoue. «Je ne le pensais pas, mais il faut bien trois ans pour définir l’identité d’une manifestation. Là, le bébé commence à se tenir droit! Je vois où l’aventure peut mener. Toutes ces commissions de subventions qui demandent trois ans avant d’entrer en matière, aujourd’hui je les comprends.» D’autant que l’édition se présente sous les meilleures augures entre projections de chefs-d’œuvre patrimoniaux et discussions avec une cinquantaine de personnalités, Isabella Rosselini, Roland Joffé, Cédric Klapisch, Bertrand Blier, etc. Que des amours de cinéma, c’est justement le thème de l’année.

Comment se précise l’essence des Rencontres du 7e art?
Le socle demeure les films du patrimoine à voir sur grand écran, l’idée aussi d’un festival sans compétition ni promotion de nouveautés. Échappant à ce système épuisant si couru désormais, nous tablons aussi sur des rencontres. L’autre différence, notamment avec le modèle du Festival Lumière, à Lyon, c’est le public. Contrairement à leur million d’habitants avec beaucoup de seniors, nous captons les jeunes. Cet échange entre patrimoine et regard neuf, d’ailleurs, me passionne.

Qu’avez-vous corrigé?
Au-delà de questions d’affichage, logo, etc., nous donnons plus de place à la thématique. Ça restait un peu flou, plus une idée comme «Le nouvel Hollywood» ou même, à la deuxième édition, la transversale déjà plus porteuse d’«Au-delà des limites». «Histoires d’amour», cette fois, permet un regard sur nos comportements à travers les âges, de la mère sage en passant par la vamp urbaine jusqu’aux LGBT contemporains. Entre autres!

Et vous, côté amour au cinéma?
Oh, je n’étais pas du genre à flirter dans les salles. Gamin, à Penthaz, j'ai découvert les films à la télé avec le «Cinéma de minuit». Dans le petit poste, j’ai eu de vrais chocs, Kurosawa, Kazan, etc. En fait, je suis d’abord tombé amoureux d’hommes, de modèles plutôt, qui m’ont influencé en profondeur. James Dean, Yves Montand, Jerry Lewis ou même Tarzan.

D’où cet hommage à Brando?
Oui, pour Marlon Brando, mon absolu d’alors. Je viens de revoir «Sur les quais», je comprends seulement l’homme, l’artiste qui n’est pas vu pour ce qu’il est. Et là surgit cette histoire d’amour qui le révèle à lui-même. Imaginez, moi, ado tourmenté, promeneur solitaire, je rentrais, et s’ouvrait cette fenêtre sur l’imaginaire, l’aventure. Mon premier flirt, il est là.

Sur l’affiche, ce slogan inédit: Think Cinema. C’est-à-dire?
Nous voulions identifier les Rencontres à l’international. Dès que j’approche des invités potentiels, je dis «Think Cinema Lausanne», et ça marche. Nous avons corrigé l’erreur du premier logo, trop compliqué, nous affinons. Nous innovons aussi.

Dans quel sens?
La bourse à l’écriture, par exemple. Soit un concours pour jeunes scénaristes suisses qui présentent un dossier avec synopsis, document visuel et note d’intention à un comité de producteurs et autres professionnels. Il y aura à la fois la dotation de 20000 francs et un réel accompagnement jusqu’au stade de l’approche d’un producteur.

Une aide dont vous rêviez, jeune?
En fait, j’en ai eu une, j’étais alors à l’ESAD (École supérieure d'art dramatique) de Genève et j’ai pu aller un an au Conservatoire de Paris. Cette bourse a changé ma vie. Think Cinema, c’est créer un lieu de réflexion sur le comment ça marche à la fois mental et pragmatique. Sur ce point, j’ai même passé mes vacances à bosser sur le data enregistré lors des premières éditions, pour en compiler des fragments.

Un catalogue?
Et un gros, 150 pages. Mon épouse, Karine Silla, m’a persuadé de publier dans un format à l’italienne qui rentre dans un sac. Sur le coup, nous sommes imbriqués au cœur du Think Cinema, à travers ces conversations qui mettent le doigt sur la manière de fabriquer. Car si le but commun, cinéaste, comédien, etc., reste le même, chacun arrive de manière différente à transmettre une histoire au mieux en gardant son identité.

Des exemples, là, au hasard?
Oh, c’est le producteur Jeremy Thomas, qui m’avoue que le métier s’apprend loin de l’hystérie du tournage, dans la salle de montage. Ou Paul Auster, qui déclare: «Personne ne nous demande de créer, c’est l’artiste qui veut et doit le faire.» Ou encore le réalisateur Joel Coen, qui diagnostique: «C’est une maladie, une obsession dont il faut se libérer.» Évidemment, toutes ces réflexions, à un niveau personnel, m’ont fait beaucoup de bien.

En pur bénévole depuis cinq ans, que tirez-vous de ces Rencontres?
J’apprends beaucoup de cet outil. Des projets, des vocations qui sont nés ici, dans ce terreau particulier. Moi, comme me le disait Darren Aronofsky, je découvre pourquoi je le fais à mesure que j’avance. Mais j’ai l’impression que ça me rend plus fort, j’ai senti des répercussions sur ma relation intime à la création. Au-delà même du sentiment d’imposture que cultivent tous les artistes, je vérifie sur le terrain la force du travail.

Sur le plan logistique, où en êtes-vous?
Près d’un million de francs de budget, 10'000 festivaliers l’an dernier, 49 projections, des dizaines de conférences à l’ECAL et un peu partout. L’EJMA aura tous les jours des débats informels avec Anaïs Demoustier, Niels Schneider, etc. Ce sera notre futur centre stratégique, vu que la Cinémathèque va entrer dans son déménagement. Chance inouïe, le Cinéma Capitole rouvre exceptionnellement pour nous, d’ailleurs!

Qu’attendre d’aides officielles?
La Ville de Lausanne nous soutient déjà, mais d’autres subventions allégeraient l’angoisse de sponsors qui peuvent toujours vous lâcher. Même si presque tous ont renouvelé les contrats pour trois ans. Mais j’aimerais passer plus de temps sur le contenu que sur la recherche de fonds.

Lausanne, divers lieux,
3es Rencontres du 7e art,
Think Cinema
du 4 au 8 mars
Informations: [email protected]

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