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Switzerland

Les religions captivent les gymnasiens depuis 20 ans

«J’accueille des classes à la mosquée depuis environ cinq ans. Maintenant, je suis préparé à toutes les questions!» Dans la grande salle de prière de Prilly, l’une des plus importantes du canton, au Complexe culturel des musulmans de Lausanne, l’imam Abdelwahed Kort vient de faire face à une cinquantaine d’élèves du gymnase lausannois de Beaulieu. Voile, homosexualité, salafisme, signification de l’appel à la prière: les sujets de questionnement ont fusé sans tabou pendant une heure et demie.

Si ces jeunes sont là, c’est qu’ils ont choisi de mettre un accent particulier sur l’histoire des religions dans le cursus qui les mène à la maturité. Cette option a le même poids que les maths ou l’allemand pour obtenir leur diplôme à la fin de leur troisième année. Autant dire qu’en introduisant cette matière au programme des études gymnasiales en 2000, le canton de Vaud a innové.

Succès rapide

Mais le succès est arrivé très vite. Claude Schwab, pasteur et formateur, est parmi ceux qui ont œuvré pour que le Département de la formation et de la jeunesse intègre l’histoire des religions dans son éventail d’options. «On nous a dit: «Il n’y aura personne, mais allons-y.» Et dès la première volée, nous avons eu presque autant de monde que pour le sport, qui était la voie favorite.» Vingt ans plus tard, 500 gymnasiens vaudois étudient le fait religieux, trois heures par semaine, pour leur dernière année de matu.

Au Gymnase de Beaulieu, le programme se déroule pour l’essentiel en classe, comme les autres branches. Mais pour Claude Welscher, qui accompagne ses élèves à la mosquée de Prilly, la visite de lieux de culte vaudois fait partie intégrante du programme. «Cette année, nous nous sommes déjà rendus à la synagogue de Lausanne et nous prévoyons encore de visiter le centre bouddhiste tibétain du Mont-Pèlerin.» Le programme comprend aussi l’intervention en classe d’experts, notamment du monde académique, et l’enseignant précise qu’il est important de choisir ses interlocuteurs. «Il y a quelques années, nous nous rendions dans une autre mosquée, mais il n’y avait pas véritablement d’ouverture aux questions des élèves.»

Pour l’imam Kort, l’exercice paraît toutefois rodé, même sur les sujets sensibles. Les femmes doivent-elles porter le voile? «Il n’y a pas de contrainte en islam», répond-il, expliquant qu’il s’agit d’une manière pour certaines d’exprimer leur pudeur. L’islam admet-il l’homosexualité? Sur ce point, il ne cache pas que les textes sont clairs, avant de se positionner personnellement. «Je n’accepte pas cette pratique, pas pour moi, mais je respecte les homosexuels en tant que personnes. Certains fréquentent la mosquée et ils sont aussi accueillis.»

Perspectives ouvertes

Une heure et demie ne suffira pas à l’imam pour décrire sa vision de l’islam, mais la rencontre ouvre en tout cas quelques perspectives. Timothée Guitard, 18ans, retient en particulier la discussion sur le voile. «Je voyais ça plutôt négativement, mais maintenant, je me dis qu’il faut le respecter. Je me rends compte que certaines choses qui me paraissaient évidentes ne le sont pas du tout.» Avec en ligne de mire des études de sciences politiques, l’intérêt d’étudier le fait religieux n’a pour lui rien à voir avec la foi. «Je ne suis pas croyant, mais je me suis rendu compte que les religions sont omniprésentes. C’est un aspect essentiel pour comprendre l’actualité.»

«L’objectif de cet enseignement n’est pas de savoir s’il faut croire ou pas, souligne Claude Welscher. Nous abordons les religions dans une perspective de sciences humaines. Les élèves apprennent à entrer dans des logiques qui ne sont pas les leurs et à penser l’ordinaire d’une pratique qui anime les gens.» Malgré les débats politiques et médiatiques que suscitent souvent les pratiques religieuses, l’enseignant assure que grâce cette manière de les aborder, il n’y a jamais eu de tensions en classe. «Ce ne serait peut-être pas possible en France, par exemple. Ici, nous ne formons pas des citoyens, des laïcs ou des athées, mais des gens biens informés.»

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