Switzerland

«Les quarantaines peuvent déboucher sur des violences»

Dans «Tempêtes microbiennes», (2013), vous écriviez que les quarantaines avaient «disparu sans bruit au cours du XXe siècle». Pourquoi sont-elles revenues avec l’épidémie de SRAS de 2003?

Parce que les services de santé et les autorités sanitaires étaient complètement démunis, sans moyens préventifs ni thérapeutiques. La seule chose à faire dans ces conditions, c’est d’essayer de réduire les contacts, les rassemblements et les déplacements. Avec le SRAS, on a donc assisté à un retour en force des mesures non médicales de contrôle de l’infection: quarantaines, fermeture de classes, hygiène individuelle. Des mesures que beaucoup croyaient alors démodées et définitivement oubliées. En 2003, il s’agissait de quarantaines individuelles et non de quarantaines collectives comme aujourd’hui en Chine. On demandait alors à des personnes qui avaient été exposées de se calfeutrer chez elles pendant dix jours. Sans doute n’est-ce pas très agréable. Mais ce n’est pas à la hauteur des désagréments qu’entraînent des quarantaines collectives comme celles qui ont lieu en Chine.

L’efficacité de ces quarantaines collectives n’est-elle pas très limitée?

Après l’épidémie de SRAS, deux études se sont posé la question de savoir si elles sont efficaces. Elles montrent qu’elles peuvent l’être, mais à condition de respecter quelques préalables. En particulier la nécessité de mettre en vigueur la quarantaine collective le plus tôt possible par rapport au début de l’épidémie: plus cette mise en vigueur est précoce, moins l’épidémie dure et moins son pic est élevé. C’est ce qui n’a pas été fait en Chine.

L’histoire de ces quarantaines est ancienne. Qu’est-ce qu’elle nous enseigne?

Elles ont été conçues contre la peste et le typhus dans l’Italie de la Renaissance: des villes de l’Adriatique ont ainsi voulu barrer la route aux personnes malades qui tentaient d’y entrer. Pour l’essentiel, l’histoire des quarantaines révèle leur faible efficacité lorsqu’elles montent à des degrés de contrainte très élevés. Prenez la forme extrême des quarantaines auxquelles on a eu recours en Europe, en 1831-1832, pour lutter contre le choléra. Il s’agissait de quarantaines gardées par la troupe qu’on appelait des cordons sanitaires. Leur résultat n’a pas été une atténuation de l’épidémie, mais le surgissement de violences parfois extrêmes. À la fin du XIXe siècle, dans une ville russe de la région de Saratov, la foule rendue complètement folle par les cordons sanitaires a fini par éventrer un médecin.

Il existe aujourd’hui des risques de cet ordre en Chine?

Oui, bien sûr. Ces jours-ci, dans les villes chinoises sous quarantaine, on autorise une personne par foyer à sortir tous les cinq jours. À ces contraintes très pénibles s’ajoute l’anxiété des gens qui se demandent s’ils sont contaminés ou s’ils vont l’être. Une telle situation est évidemment très propice à l’explosion de violences. Le président chinois Xi Jinping est aujourd’hui dans une position très délicate: les Chinois sont en colère contre l’État qu’ils accusent de ne pas les protéger. En Chine, on le sait, il existe un pacte de gouvernance qui n’est pas officiel, loin de là, mais qui est bien réel. Son objet, c’est la prospérité contre la soumission politique: d’accord, on ne dira rien contre le gouvernement, mais à condition qu’il nous assure la prospérité… Les Chinois ont l’impression d’être aujourd’hui grugés. Ils se soumettent politiquement, mais la sécurité sanitaire ne leur est pas garantie. On voit d’ailleurs des vidéos montrant des gens qui protestent ouvertement et de manière plutôt excitée contre leur gouvernement.

Vous avez relevé qu’il existe un précédent européen pour les quarantaines de masses. C’était en 1972, dans la Yougoslavie socialiste de Tito. De telles mesures constituent-elles une tentation pour les régimes autoritaires plus que pour les pays démocratiques?

C’est ce qu’a soutenu un historien suisse installé aux États-Unis, Erwin Ackerknecht, dans un célèbre article publié en 1945 par le «Bulletin of the history of medicine». Il défendait la thèse selon laquelle il existe une propension des régimes autoritaires à opter pour des mesures de contrainte comme les quarantaines et les cordons sanitaires. Et les régimes libéraux connaîtraient une propension inverse à les éviter autant que possible. Cette thèse est toujours discutée. Pour ma part, je ne suis pas convaincu par ce parallélisme un peu facile. Mais il est vrai qu’il est plus simple d’instaurer des quarantaines sous un régime autoritaire comme celui de la Chine que cela ne le serait aujourd’hui en Occident.

L’«homo democraticus» est réfractaire aux quarantaines?

Il est comme vous et moi: il est favorable à l’idée de mettre son voisin en quarantaine, mais pas lui! Sans doute est-ce trop attendre des citoyens qu’ils se lèvent comme un seul homme, en songeant à la sauvegarde de la cité, et qu’ils aillent se calfeutrer chez eux afin de protéger les autres… Cet idéal exorbitant, c’est ce que j’ai appelé le «civisme au superlatif».

Devant les vigoureuses mesures que sont capables de prendre les autorités chinoises, on pourrait également être tenté de se dire que l’autoritarisme a du bon.

Oui, mais admettez que cette tentation est déjà très répandue dans les démocraties occidentales… Tout cela vient en effet renforcer la fascination maladive et perverse pour les régimes autoritaires.

Ce qui frappe aussi, vu d’Occident, c’est le langage choisi par les autorités chinoises pour parler de la lutte contre le coronavirus. On dirait de la langue maoïste la plus pure…

Le président Xi Jinping a dit en effet que «l’épidémie est un démon». On retrouve là un langage qui avait beaucoup servi durant la Révolution culturelle: les démons, les traîtres, etc. Le coronavirus a été qualifié de «fourbe»: la fourberie du virus est une notion épidémiologique qui m’était restée jusqu’ici étrangère… Pékin renoue aussi avec le rituel maoïste consistant à porter sur le pavois des héros qui se sont sacrifiés pour le peuple. Les autorités chinoises en font les héros de ce qu’elles appellent désormais «la guerre du peuple contre le coronavirus».

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