Switzerland

Les métiers de la pierre au chômage technique

Ces quatre dernières années, quatre entreprises vaudoises actives dans le domaine de la pierre ont mis la clé sous le paillasson. Il en reste douze, dont deux ont licencié respectivement neuf et quatre personnes à fin décembre 2019. Et la formation des apprentis est menacée. «Notre branche n’avait jamais connu autant de chômage technique que cet hiver», déplore Jean-Pierre Molo, président de l’Association vaudoise des métiers de la pierre (AVMP). Cette dernière demande au Grand Conseil d’intervenir pour que les travaux de restauration cantonaux s’accélèrent. «Nous avons besoin d’un signal fort du Canton pour que les Communes s’y mettent.»

Selon Jean-Pierre Molo, le canton qui a «le patrimoine bâti le plus riche de Suisse romande» est aussi celui qui restaure le moins depuis une décennie. «Ailleurs, les entreprises ont des mandats, il n’y a pas de problème», confirme Giovanni Giunta, secrétaire des associations vaudoise et romande. La branche réunit une septantaine d’enseignes romandes, toutes tailles confondues. «Depuis 2005, les responsables du patrimoine vaudois multiplient les études, mais, faute de moyens, les travaux de restauration et de conservation ne se font pas», dit Jean-Pierre Molo.

«Pas assez de main-d’œuvre»

Plusieurs cures, le mur de soutènement de Pierre Viret ou encore le Tribunal administratif de Montbenon, à Lausanne, font partie des objets étudiés. Ces travaux seront entrepris sans doute entre 2021 et 2023. «Nous aurons dès lors un trop gros volume de travail et pas assez de main-d’œuvre», déplore Jean-Pierre Molo. Selon l’AVMP, cette attente serait liée à une réduction de 25% du budget 2020 pour l’entretien des bâtiments et immeubles.

Interrogé sur cette baisse de budget, Pascal Broulis, conseiller d’État en charge du Patrimoine bâti, s’inscrit en faux. «Il n’y a pas eu de coupe dans les budgets. Toutes les rénovations sont financées par de l’investissement, car elles dépassent le million. Et au contraire, on a augmenté les investissements ces dernières années.» Le hic vient de la comparaison entre comptes 2018 (29,1 mio) et budgets 2019 (22,3) et 2020 (21,9). Depuis 2017, les budgets restent stables (env. 22 mios), les comptes fluctuent (27,5 en 2016, 25,3 en 2017), mais toujours au-dessus des budgets, compensés par des crédits supplémentaires en cours d’année. Quant à la différence entre budgets 2019 et 2020, elle s’explique par un transfert de 3,4 millions à la rubrique Entretien des cures, indique le conseiller d’État.

«On écoute les artisans»

Une réunion a eu lieu le 30 janvier entre l’AVMP et les services de l’État. «Nous sommes à l’écoute des artisans», promet Pascal Broulis. Qui évoque le colloque international sur la pierre, mené en 2012 autour de la rénovation de la cathédrale, qui sera reconduit en 2021, ou encore l’effort cantonal pour classer des bâtiments privés «qui donne droit à une subvention et devrait rendre les propriétaires proactifs dans la restauration de leur bien». Il soutient aussi la jeune Association vaudoise des propriétaires de maisons de plus de 60 ans, qui entend lutter pour que la défiscalisation des travaux d’entretien soit conservée dans la loi fédérale.

Pour justifier les projets en attente, Pascal Broulis évoque la priorisation et le blocage de certains devant les tribunaux. «Cela a été le cas pour le parlement, où on a perdu du temps. En revanche, la cathédrale et le château ont eu droit à un traitement éclair!» Pour ces deux bâtiments, il articule des dépenses de respectivement 2,5 et 2 millions, rien que pour la pierre.