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Switzerland

Léman Express: et si on reprenait tout à zéro?

Et si on effaçait tout pour recommencer? Le doute étreint sérieusement les cheminots de part et d’autre de la frontière quant à la possibilité d’assurer à court terme un service correct sur le Léman Express.

Retards et suppressions de trains y abondent, surtout depuis que le réseau transfrontalier s’est vraiment déployé dans les deux pays, mi-janvier, le mouvement de grève s’étant estompé en France. Mardi encore, un train Flirt en panne à Annemasse a bloqué les lignes vers Genève, Annecy et Saint-Gervais.

Dans ce climat pessimiste, des voix – qui préfèrent rester anonymes mais sont représentatives de la base – concordent pour estimer qu’il vaudrait mieux se donner la possibilité de repartir d’un bon pied, quitte à dissocier les deux réseaux, suisse et français, à la hauteur d’Annemasse. Un avis courant? «Oui, à la machine à café, tout le monde a cela sur le bout des lèvres, au moins de manière provisoire», répond un cheminot des CFF. Pour l’heure, les trains français comme suisses parcourent l’ensemble du réseau binational, les cheminots des deux pays restant cantonnés sur leurs territoires respectifs et se passant les commandes à Annemasse.

Moral bas

Jeudi matin, un café au cœur de la cité frontalière. Nous sommes attablés avec un syndicaliste haut-savoyard et sa consœur genevoise. Tous deux viennent d’assister à une assemblée générale des cheminots SNCF qui devait traiter de la réforme des retraites mais qui a viré à la psychothérapie de groupe sur les difficultés du Léman Express. «En Suisse, on ressent de l’énervement chez les cheminots, mais ici, les gens ont l’air tellement pas bien et ils sont si jeunes», témoigne la Genevoise, venue en visite. «Ils ont peiné à recruter et là où il aurait fallu du personnel aguerri, on a souvent des débutants, poursuit son collègue haut-savoyard. Ils n’y arrivent tout simplement pas et on a l’impression que la direction est elle aussi dépassée. Il y a une telle souffrance, on est sur une poudrière. Le personnel est à bout et le public aussi.»

Et de citer des exemples: les collègues d’Annemasse qui n’oseraient pratiquement plus se rendre sur les quais. Ou cette guichetière de La Roche-sur-Foron qui, se trouvant pour un motif inconnu dans l’incapacité de vendre des billets Léman Express, a été insultée 98 fois en une matinée. Ça use.

Train fantôme

Les coulisses du Léman Express semblent relever du train-fantôme tant les mauvaises surprises abondent. Entre les dépôts genevois et français, les contacts sont décrits comme rugueux. Les conducteurs rencontrent des difficultés que notre syndicaliste attribue au fait que les deux opérateurs, CFF et SNCF, n’ont pas réussi à trouver de compromis sur les procédures de mise en marche des convois. La task force mise en place pour surmonter les problèmes? «Pour l’heure, on n’a rien vu de très concret», soupire le cheminot.

Les trains cumulent les soucis. Les rames françaises Regiolis peinent à déployer leur pantographe (ce bras qui permet de capter le courant) et doivent en plus assurer des trajets franco-français où elles relaient les trains AGC qui n’ont pas supporté la pause forcée de la grève. Les Flirt des CFF? Le passage de la frontière leur fait faire des bugs supplémentaires par rapport à ceux dont ils souffraient déjà l’an dernier. Les CFF attendent de leur engin qu’il ne connaisse des incidents que tous les 10'000 km, mais la moyenne actuelle est en dessous de 2000 km, admet le service de presse.

Réseau obsolète

«Ces problèmes finiront par être résolus, mais il restera ceux liés au réseau ferroviaire français, poursuit le Haut-Savoyard. On avait lancé l’alerte à ce sujet il y a trois ans, un audit de la SNCF a répliqué que la robustesse du réseau suffirait mais on voit bien maintenant que ça ne marche pas. Le plan de transport prévu peut être absorbé en théorie, pour autant qu’il n’y ait pas d’incident, mais en France, il y a toujours une signalisation qui débloque ou un passage à niveau qui dysfonctionne.»

Le réseau haut-savoyard étant entièrement en voie unique, un problème dans un sens de circulation a une incidence sur l’autre direction. Au-delà de La Roche, en direction d’Annecy ou Saint-Gervais, la signalisation est encore manuelle, ce qui ralentit les croisements. «Or les horaires sont très serrés du côté français, alors qu’en Suisse, avec un réseau plus moderne, il y a des petits temps de battement pour résorber les imprévus.» Pour ne rien arranger, le système de téléphonie mobile ferroviaire (GSM-R) n’est pas disponible partout. On doit parfois se débrouiller avec son portable personnel, pour autant qu’il capte du réseau, faute de quoi il faut abandonner son train et marcher jusqu’au prochain téléphone de voie.

Seul avantage de la situation: la pression est désormais vraiment mise pour moderniser ces installations obsolètes. «En attendant, il vaudrait mieux que chacun s’occupe de son réseau et s’initie à ses propres trains, même si on doit faire transborder les gens à Annemasse, ce qui constitue évidemment un retour en arrière», conclut le Français. «Ce serait du bon sens, abonde la Suissesse. Quant à nous, syndicats, nous allons faire en sorte que les personnels des deux pays se rencontrent afin qu’on se rende compte qu’on peut s’entendre. Il est dommage que les entreprises ne se soient pas donné le temps d’organiser cela.»

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