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Le trafic de transit sera chassé du quartier de Saint-Gervais

La Ville de Genève ne veut plus de trafic de transit dans le quartier de Saint-Gervais et l’État lui donne raison. Dans un arrêté paru le 7 février, le Département cantonal des infrastructures modifie le plan de circulation du secteur et met fin à un précédent essai entamé il y a un an. But de la manœuvre: mettre le holà à un trafic de transit jugé excessif et ne laisser entrer dans le quartier que les voitures dont les occupants ont quelque chose à y faire… comme, par exemple, se rendre chez Manor.

Pratiquement, des panneaux d’interdiction de circuler orneront les accès que constituent la rue de Grenus et la rue Paul-Bouchet, à partir des rues du Temple, Vallin, Rousseau et de Chantepoulet. Il y sera stipulé que seuls sont autorisés, par dérogation, les véhicules motorisés se rendant au «Parking Manor aux heures d’ouverture», ainsi que certaines autres exceptions (services communaux, logistique de la banque HSBC, taxis, accès à des stationnements privés, etc.).

Propulsés dans le parking

Sur la place Grenus elle-même, la contrainte se fera très physique. Une barrière astreindra le trafic parvenu sur le site à s’engouffrer dans le parking de la grande surface. Cette barrière sera amovible en raison des camions de livraison qui doivent manœuvrer pour rentrer dans le parking, mais elle sera gardée.

«Il s’agit d’une installation provisoire pour la période de test, précise Nicolas Betty, chef du Service de l’aménagement, du génie civil et de la mobilité de la Ville de Genève. On verra dans quelle mesure cela permet de réduire le transit et, si tel est le cas, on réfléchira à des dispositifs qui pourraient par exemple prendre la forme de bornes rétractables.»

De longue date, l’ouvrage souterrain de quelque 300 places conditionne toutes les réflexions sur la circulation dans le quartier. Corollaire du magasin «La Placette» (l’ancêtre de Manor, inauguré en 1967), il est la cible des associations d’habitants du coin depuis le début des années 1980. Au début des années 2000, un projet de déplacer sa trémie d’accès a tourné court. Depuis la fin de l’année dernière, les habitants ont lancé une nouvelle mobilisation afin de, selon leurs termes, «protester contre l’enfer des voitures» et dénoncer l’aggravation de leurs conditions de vie.

La grande surface, qui tient mordicus à son garage et à son accès, a su se rendre une interlocutrice incontournable lorsqu’il s’agit de la mobilité du secteur. Nul ne sera donc surpris que les autorités aient négocié avec elle la solution retenue. «Avec Manor, nous avons un objectif commun qui est celui de ne maintenir que le trafic de destination dans le quartier», explique Thierry Messager, directeur régional Rhône-Lac à l’Office cantonal des transports.

Transit trop massif

En revanche, le constat est unanime tant du côté du Canton que de la Ville: un trafic trop massif ne fait que traverser ce quartier. Lequel n’est pas adapté à cette pression, lui qui a hérité de ses origines médiévales une trame de rues plutôt étroites.

La Ville a procédé à des comptages. La circulation qu’on trouve à Saint-Gervais et qui a ce quartier pour destination ne représente que 30% du total. Le reste y cherche des raccourcis sinueux, par exemple pour éviter les bouchons des Terreaux-du-Temple, en empruntant la rue de Grenus (qui subit le passage quotidien de 5500 véhicules en moyenne en jour ouvrable), la place du même nom ou encore l’étroite rue des Étuves. Dans le nouveau plan de circulation, cette dernière se voit piétonnisée dans sa partie ouest. Son tronçon qui rejoint la rue Rousseau est placé en zone de rencontre (vitesse limitée à 20 km/h et priorité piétonne).

Quai en mutation

Tout ceci peut-il être vu comme une préparation à une piétonnisation du quai voisin des Bergues, fraîchement rénové? On sait qu’un changement de régime est en effet en gestation. «Certains des mouvements de transit que nous comptons empêcher rejoignent actuellement le quai, relève Thierry Messager. Les mesures que nous prévoyons vont donc dans le sens d’un apaisement dont le quai bénéficiera.»

Nicolas Betty estime que les mesures prévues ne sont pas très éloignées de la piétonnisation générale demandée par les habitants. Quant à celle du quai, on devrait y voir plus clair au début du mois de mars. «Nous préparons une piétonnisation de l’ensemble du quai, avec des horaires pour les livraisons», confirme le directeur. Il reste à en connaître les modalités exactes.