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Switzerland

Le pape veut tourner la page de la pédophilie

À partir de jeudi et pour quatre jours, les yeux du monde seront tournés vers le Vatican, où se tiendra une conférence pour la défense des mineurs contre les abus sexuels commis par des prêtres pédophiles. «L’Église joue sa crédibilité, a déclaré le père Lombardi, modérateur de la conférence. Si nous ne sommes pas crédibles, nous ferons mieux de changer de métier, d’arrêter de faire les prêtres.»

Pour l’événement, le pape François a convoqué à Rome la hiérarchie de l’Église universelle: les présidents des 114 conférences épiscopales, quatorze chefs des Églises orientales, une quinzaine d’évêques missionnaires, les présidents des principaux dicastères (les «ministres» de la Curie romaine), les responsables des grandes congrégations religieuses. Cent huitante hommes pour seulement une dizaine de femmes… Des victimes seront présentes mais elles ne seront pas invitées à prendre publiquement la parole. Samedi, le pape célébrera une liturgie de pénitence. Dimanche, à la suite de la messe, il tiendra un discours qui clôturera la conférence.

La conférence a été précédée, samedi dernier, par un geste fort: la réduction à l’état laïque de l’ancien archevêque de Boston Theodore McCarrick, reconnu coupable d’abus sur des mineurs par un tribunal canonique. Une première pour un cardinal. États-Unis, Europe – même dans la très catholique Irlande –, Amérique du Sud: le «me too» planétaire des victimes de prêtres pédophiles a déstabilisé l’Église universelle. Une enquête a révélé qu’aux États-Unis, entre 1950 et 2002, 7% des prêtres avaient commis des abus sur des mineurs. Et si, en Afrique et en Asie, les chiffres sont moins inquiétants, c’est parce que l’omerta est plus forte sur ces continents.

Le déni total de Jean-Paul II

Défenseur de l’institution, Jean-Paul II était resté dans le déni total, allant jusqu’à accueillir à Rome en grande pompe le père Maciel, fondateur des légionnaires du Christ et pédophile notoire. S’il a mis hors d’état de nuire de nombreux prêtres pédophiles, Benoît XVI n’a pas eu la force d’imposer le changement culturel nécessaire, notamment à l’égard des évêques qui ensablaient les enquêtes et permettaient aux prêtres pédophiles de récidiver.

Dès 2014, Jorge Bergoglio, sourd aux plaintes des victimes lorsqu’il était archevêque de Buenos Aires, avait annoncé la «tolérance zéro». Les premières années de son pontificat n’ont pas été à la hauteur de cet engagement. Les victimes laïques de la commission sur la pédophilie qu’il avait instaurée ont démissionné pour protester contre son immobilisme.

Ainsi le tribunal qui devait être créé pour juger les évêques négligents n’a jamais vu le jour. Le secret sur les procès pontificaux n’a pas été levé et le délai de prescription conservé. Il a nommé dans le conseil des cardinaux George Pell, le cardinal australien aujourd’hui accusé de pédophilie par la justice de son pays. Il a provoqué une révolte aux États-Unis en épargnant, jusqu’à samedi dernier, l’archevêque McCarrick. Au Chili, il s’est dans un premier temps rangé aux côtés de Monseigneur Juan Barros, protecteur du prêtre pédophile multirécidiviste Fernando Karadima. Une attitude désavouée par le cardinal O’Malley, président de la commission de prévention contre la pédophilie.

Regarder le monstre en face

L’épisode chilien, qui a conduit à la démission de trois évêques, semble toutefois avoir ouvert les yeux au souverain pontife. «Il faut regarder le monstre de la pédophilie en face, déclare aujourd’hui le responsable de la salle de presse du Vatican. Responsabilité, justice et transparence sont les thèmes de la conférence.» Le temps presse. La double vie de nombreux prêtres homosexuels, 80% de la Curie romaine selon l’enquête du livre «Sodoma» (lire ci-dessous), et la révolte des religieuses, elles aussi souvent sexuellement abusées par des prêtres, jettent de nouvelles ombres sur les hommes consacrés.

Mais le pape François sait que les résistances et l’omerta du clergé seront longues à abattre. Il a mis en garde contre les excès d’espoirs sur les résultats de la conférence. Les associations de victimes insistent sur un point: obliger les évêques à dénoncer les prêtres pédophiles aux autorités civiles de leur pays.

Certaines conférences épiscopales le font, d’autres non. C’est pourtant le seul moyen d’empêcher les récidives des prêtres qui sont déplacés de diocèse en diocèse par des évêques complaisants. Rien n’indique pourtant que le pape François annoncera dimanche cette obligation. «Patience, a déclaré lundi le cardinal Charles Scicluna, le croisé de la lutte contre la pédophilie. Si ce n’est pas cette fois, ce sera la prochaine. Mais moi, je ne lâcherai pas…» (TDG)

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