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«Lausanne 2020 est un vrai modèle à suivre»

Il est né à Lausanne, y a grandi. Il a construit sa carrière dans cette ville dans laquelle il vit et travaille. En tant que directeur des Jeux olympiques, Christophe Dubi, 50ans, est le numéro deux du Comité international olympique (CIO). Cet acteur privilégié de l’olympisme revient sur le succès avéré des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ).

Christophe Dubi, au moment où la flamme vient de s’éteindre dans la vasque, quelle impression générale gardez-vous de ces Jeux?
Celle que nous vivons dans un pays extraordinaire où il y a à la fois beaucoup de rigueur, de compétences et du savoir-faire. Les organisateurs ont trouvé des solutions créatives aux questions qui se posaient. Que ce soit sur la problématique des transports ou sur celle du patinage de vitesse qui a eu lieu sur un lac à Saint-Moritz (GR). J’ai aussi aimé l’enthousiasme des Suisses à la fois joyeux, hospitaliers et fair-play. Le public a soutenu tous les athlètes, qu’ils soient Suisses ou non. Un signe révélateur de la réussite de ces Jeux: on ne s’est réuni qu’à trois reprises avec le comité d’organisation. Et encore, ces séances de coordination ne duraient que quinze à vingt minutes. Comme elles sont devenues superflues, on a fini par les supprimer. Du jamais-vu!

En tant que Lausannois, ressentez-vous de la fierté?
Oui, une fierté énorme. Dans notre organisation, nous avons une chance incroyable d’être exposés à toutes les cultures. Cette fois, on a ramené tout le monde chez nous, à la maison. Entendre toutes les choses positives qui se disent sur Lausanne, le canton et la Suisse, c’est juste fantastique.

La bonne tenue de ces JOJ ouvre-t-elle la porte à l’organisation de Jeux traditionnels en Suisse?
La Suisse en a les moyens, les compétences, les infrastructures, la tradition. Quand les autorités, les acteurs économiques, les grandes écoles, les acteurs du sport ont la volonté de se retrouver autour d’un même projet, on voit que tout devient réalisable. Je dirais même qu’une candidature suisse est souhaitable pour les générations futures. Nous avons besoin de tels projets, capables de fédérer toutes les énergies.

«Nous avons besoin de tels projets, capables de fédérer»

Christophe Dubi, directeur des Jeux olympiques

Le slogan de Lausanne 2020 est «Start Now». Ces JOJ vont-ils donner un nouvel élan au CIO?
Quand nous nous retournerons sur ces Jeux, nous aurons tous le sentiment d’avoir contribué à quelque chose d’extraordinaire. Nous avons réalisé un projet ensemble, qui apporte une grande satisfaction et une immense fierté. En termes de relations, il y a probablement un «Start Now».

Ces Jeux ont servi de laboratoire. Reverra-t-on dans des JO traditionnels des réalisations testées ici?
Certainement. Lausanne a été un modèle d’organisation décentralisée. Avec un centre névralgique à Lausanne et beaucoup de capacités données aux structures locales, notamment aux stations. Nous allons poursuivre dans ce sens, lors des Jeux d’hiver 2026 de Milan-Cortina. Il y a aussi le festival En Jeux que nous devons faire revivre sans attendre. Organisons des activités en ville pour les jeunes. Peut-être que cet été, au cœur de Milan, nous aurons un tremplin avec des petits enfants qui feront du saut à skis. Pour moi, il faut répliquer cette expérience vite et partout. Au niveau sportif, les choses qui ont été testées ici ont bien marché. Ainsi, une délégation de Milan-Cortina est venue en observatrice. Notamment pour voir le ski-alpinisme. Quant au hockey 3x3, il y a probablement des développements à envisager. La fédération internationale et tous les acteurs du hockey s’entendent pour dire que ce format est idéal pour le développement des joueurs. Et très attractif pour les spectateurs.

La parité femmes-hommes sera-t-elle atteinte lors des prochains JO?
Avec un taux de 49,5%, on peut admettre que ce sera le cas dès cet été à Tokyo. Cette égalité est acquise dans le futur et c’est une excellente chose.

Quid des formats multinations?
Nous ne l’avons jamais envisagé dans le cadre de Jeux olympiques. Il est difficile d’envisager le partage des savoir-faire des coachs et de l’encadrement pour créer des équipes mixtes. C’est réellement plus compliqué, notamment au niveau des sponsors privés et des acteurs publics. Mais gardons aussi des spécificités pour les Jeux de la jeunesse.

On a l’impression que tout a été formidable pendant ces JOJ. Il y a forcément des des points à améliorer, non?
Nous aurions pu engager plus de moyens financiers sur les diffusions télévisuelles en direct, afin que toutes les compétitions soient couvertes. Deuxième critique: le temps laissé aux organisateurs pour passer de la première vague d’athlètes à la seconde était trop court. Logistiquement, vider le village olympique et le remplir en une journée dans des Jeux d’hiver avec un volume de matériel considérable est compliqué. Sinon, du côté des organisateurs, difficile de faire beaucoup mieux. Les autorités ont été présentes, elles ont joué le jeu. Le Canton a fait un travail remarquable avec les écoles. Tout a fonctionné. En plus, le comité d’organisation a tenu ses comptes. On est même resté sur le budget de candidature. Il y a eu des partenariats intelligents avec les écoles et les stations. En résumé, Lausanne 2020 est un vrai modèle à suivre.