Switzerland

La longue trêve hivernale annonce une redistribution des rôles

En été, elle est souvent perçue comme trop courte. En hiver, elle n’en finit plus. C’est l’histoire de la trêve du football suisse. Notamment en 1re Ligue, cette division hybride où le joueur demeure un amateur à qui on demande d’être le plus professionnel possible. Et janvier n’est pas juillet: les vacances ne sont pas un besoin et la saison des mariages est pour plus tard. Bref, la préparation n’est jamais aussi profitable qu’en hiver.

Cela peut enclencher des dynamiques, faire évoluer des équipes et changer la face d’un championnat. La vérité de décembre n’est pas celle de fin mai. A la veille de la reprise, vous pouvez imprimer le classement du groupe 1 de première ligue, tout suggère qu’il sera bien différent dans douze matchs, quand l’heure sera aux comptes.

Pour les quatre genevois en lice (Meyrin, Olympique de Genève, Lancy et Chênois), les objectifs sont variables. Seuls les Meyrinois semblent à même d’aller chercher les finales. Mais gare à Lancy, pas totalement distancé et bien renforcé après un début compliqué. Pour OG, comme pour Chênois, un seul défi: rester en 1re Ligue. Leur chance? Azzurri LS, dernier, semble déjà condamné. Il n’y a plus qu’une place au purgatoire.

Cela promet un second tour haletant, avec encore beaucoup de derbys au programme. Le premier? Un Chênois - Lancy prévu le 25 mars prochain. Ils s’enchaîneront ensuite. Avec en point d’orgue un Meyrin - Lancy le 16 mai, lors de l’avant-dernière journée. De quoi donner un intérêt à un championnat malheureusement délaissé par son public.

Meyrin monte les tours

Actuel troisième, Meyrin a connu un premier tour fait d’inconstances. Mais il sait que c’est durant la deuxième partie de saison qu’il est généralement le plus redoutable. «L’objectif n’a bien sûr pas changé, lance le coach Jean-Philippe Lebeau. Il faut que l’on soit plus régulier, mais nous n’allons pas nous cacher: nous voulons être parmi les deux premiers.»

Pour l’instant, les «jaune et noir» sont dans les clous et la préparation a été sereine. Reste que l’entraîneur des Arbères est en colère: «Nous n’avons pas eu la possibilité de nous entraîner une seule fois sur l’herbe, peste-t-il. C’est catastrophique par rapport aux autres équipes.» D’autant que Meyrin lancera son année sur son terrain principal samedi, avec une première affiche: il recevra Naters, qui le devance de deux points.

Il faudra donc faire corps et s’adapter vite. «J’attends que mes cadres prennent un peu plus de responsabilités», ajoute Lebeau. A noter que l’effectif est resté tel quel. Pas d’arrivées, pas de départ.

Olympique change tout

L’interrogation suprême. Le scepticisme total même pour certains. Surtout, le saut dans l’inconnu. Que va bien pouvoir faire OG sur ce deuxième tour? L’équipe de Varembé a été délestée de tous ses membres durant l’hiver, lesquels avaient participé à la double promotion de 2018, puis 2019. Elle les a remplacés par des jeunes de la région, dont presque tous n’ont jamais vraiment évolué à ce niveau.

Parmi les arrivées intéressantes, à noter celles de Riley Zimmermann (ex-Carouge et Fribourg), Logan Clément (un Genevois revenu de plusieurs années en Italie) ou Léo Dangi (ex-Chiasso et Azzurri LS).

«Par la force des choses, OG est devenu un tremplin pour des jeunes qui souhaitent avoir des perspectives dans le football», accepte Kristian Cvijetic. L’entraîneur ne s’en cache pas: «Nous partons dans l’inconnu, oui. Mais nous nous situons au milieu du classement, ce n’est pas non plus une remise à zéro. Nous voulons nous maintenir, il faudra donc faire le nécessaire au niveau des points.» Et ne pas écouter les mauvaises langues.

Lancy se relève

Il a fallu du temps. Pour l’entraîneur Kamel Boudjellaba, de s’adapter à une nouvelle division pour lui. Pour l’effectif, de digérer la fin d’un cycle et le commencement d’un nouveau. Pour le club, de se remettre des échecs passés. Tout ceci a pris quelques semaines où la barre n’a jamais été loin. Et puis, en fin d’automne, les choses se sont remises en place, Lancy est remonté au classement et aborde la nouvelle année avec des ambitions rafraîchies.

Au niveau du recrutement, déjà. Six arrivées: trois d’OG (Chaves, Ajdini, Howard), Matri (SLO), Odabasi (ex-Xamax, revenu de Turquie) et Fall (Azzurri LS), pour compenser notamment l’arrêt de Torres et le départ à Bavois de Negro. «Le contingent a été étoffé, il est désormais plus équilibré et homogène et correspond plus au niveau de la 1re Ligue», affirme le coach. Avec un travail plus affiné: «Nous avons utilisé la préparation pour faire un gros travail tactique, en approfondissant des systèmes de jeu pour nous stabiliser et être costauds.» ça pourrait servir.

Chênois veut jouer

«Nous étions partis sur un nouveau cycle en juin et il s’agit désormais de le peaufiner.» Le discours de David Joye est linéaire. L’entraîneur du CSC répète à l’envi que son équipe est jeune et que la réussite était une question de temps. «Cela a duré un peu, nous n’avons pas pu performer tout de suite», rappelle-t-il, justifiant une onzième place occupée durant l’hiver.

Reste que son équipe prend peu à peu de l’allure. Avec trois recrues de qualité, Chênois affiche un contingent intéressant. Les anciens Servettiens Dilan Shala (reprise) et Timo Ribeiro (Sion M21), ainsi qu’Arnaud Kanda (OG) se sont établis aux Trois-Chêne. «On voit qu’on est désormais une adresse qui attire des profils jeunes, passés par l’élite», souligne Joye.

Quels objectifs pour ce printemps? «Rester dans la notion de plaisir. Même si la barre est proche, on n’a pas envie de transmettre de la peur. Je suis confiant: on s’en sortira par le jeu. A nous de faire rapidement des points pour prolonger le cycle dans la sérénité.»