Switzerland

L’invitée: Interdire la burqa n’est pas féministe

Rebecca Joly s’oppose à l’initiative «Oui à l’interdiction de se dissimuler le visage», soumise au vote le 7 mars.

Le 7 mars prochain, les Suissesses et les Suisses se prononceront sur l’initiative «Oui à l’interdiction de se dissimuler le visage». Sous un titre apparemment neutre, nous le savons, il est question ici de la burqa ou du voile intégral. Il est ici question, une fois encore, de stigmatisation et de discrimination envers la communauté musulmane. Or, cette fois, cet argument prend une apparence a priori sympathique: celui de l’égalité entre les femmes et les hommes.

Mais nous ne sommes pas dupes. Si une initiative qui dit vouloir aider les femmes vise à contraindre celles-ci, il faut toujours se méfier. Cette initiative veut interdire aux femmes de se vêtir d’une certaine façon. Même si l’on réprouve le vêtement en question, interdire à une femme de porter, de faire ou d’être quoi que ce soit est toujours une attaque contre elle, et ainsi contre toutes les femmes.

«Les attaques contre les femmes ou contre la communauté musulmane vont continuer.»

En effet, on sait très bien que ce n’est qu’un début. Que les attaques contre les femmes ou contre la communauté musulmane vont continuer, stigmatisant toujours plus une partie de la population sur la base de sa religion. Et, là encore, si l’on stigmatise une population, on fragilise davantage ceux et surtout celles qui sont déjà les plus fragiles. On sait aujourd’hui que les discriminations se croisent et se cumulent. Et qu’à la fin ce sont les femmes qui trinquent le plus souvent.

Les soutiens de cette initiative sous l’excuse de l’égalité se trompent de combat: on ne lutte pas contre les oppressions en luttant contre les opprimées. On ne libère pas les gens sans eux ou contre eux. Au contraire, stigmatiser encore plus ces femmes pourrait les isoler davantage et les mettre en danger. Que ce soit pour les femmes portant un voile intégral – rappelons qu’elles sont très peu nombreuses en Suisse – ou celles qui portent un simple hijab. Car nous savons que, dans ce débat, les amalgames seront nombreux et que, si cette initiative passe, de nouveaux combats contre les femmes musulmanes sont en préparation. Il faut finalement appeler un chat un chat: ce sont bien là des attaques contre des femmes musulmanes. Comment donc pourrait-ce être au nom de l’égalité que l’on attaque des femmes? Cela n’a aucun sens.

Interdire n’aide pas

Le débat ne doit pas être de soutenir ou non le voile intégral. Je ne le soutiens évidemment pas. Mais de savoir si interdire aux femmes ce vêtement est une bonne façon de les «aider». Je pense sincèrement que ce n’est pas le cas. Que, au contraire, montrer ces femmes du doigt ne les aidera pas le moins du monde.

Le 7 mars, je voterai non. En attendant, je vais compatir avec mes sœurs musulmanes, pour qui la campagne va être difficile. Au nom de qui l’on va mettre des intentions dans les vêtements qu’elles portent ou qu’elles ne portent pas. Se vêtir comme on veut, pour une femme, partout dans le monde mais également en Suisse, est encore une lutte. En 2021, ce constat est glaçant.

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