Switzerland

Jean-Luc Godard a trouvé dans le cinéma «une espèce d'antibiotique»

Le virus, la crise sanitaire... certainement que leur influence va se faire sentir dans son travail. «Peut-être pas directement, c'est encore un peu tôt, mais cette crise, elle est là. Les mots devront être prononcés.» S'il ne s'est pas attardé sur l'actualité, se donnant sans doute le temps d'y réfléchir, Jean-Luc Godard ne semblait pas voir le temps passer mardi après-midi alors qu'il répondait en direct sur l'Instagram de l'Écal aux questions de Lionel Baier, directeur du département cinéma de l'école.

Une conversation rendue intime par le plan serré du téléphone du réalisateur (masqué), qui a tenu en haleine une moyenne de 3000 internautes et qu'aucun des deux interlocuteurs ne voulait voir s'arrêter, rajoutant sans cesse des réflexions, des questions. Le fil de la conversation n'est pas resté tendu sur une ligne droite, c'est Godard! Celui qui ne «croit plus tellement à la langue», qui pense qu'il «faudrait passer à autre chose, à ce que font les peintres qui ne sont pas des copistes». Mais ce fil, dense et réfléchi, tissé tous azimuts de Freud à la politique, des aventuriers à son inscription sur Skype, qui lui a valu une avalanche de demandes de «sauterelles de joie», de son père médecin à son panthéon personnel de peintres, a aussi réveillé des souvenirs. Par exemple celui du premier livre de philosophie qui l'a «vraiment marqué», «Recherches sur la nature et les fonctions du langage» de Brice Parain. «Je devais avoir 15-16 ans et j'ai cessé de parler pendant une année ou deux ans et ma famille s'est inquiétée. [...] Comme dans la peinture, il faudrait pouvoir aller en deçà des mots, les politiques sont noyés dans les mots. Moi aussi, je m'y perds un peu, sauf quand il y a un projet.» Le cas actuellement.

Godard, 89 ans, l'a assuré à Lionel Baier, «pour le moment» il va bien. «Content d'avoir trouvé dans le cinéma une espèce d'antibiotique. Contre? Pour passer au-dessus ou au-dessous?», il ne sait pas, mais alors que «Le Livre d'image», sorti en 2018 et Palme d'or spéciale à Cannes, devrait faire l'objet d'une exposition cet été à Nyon, il travaille sur un nouveau scénario, un projet lié à la musique. L'heure est à la découpe d'images avant l'écriture, comme toujours à la main et très petit. «Ce qui fait que je ne peux pas me relire et je dois réécrire. Est-ce que je réécris la même chose? On ne sait pas. Boileau avait raison en disant qu'il faut remettre l'ouvrage sur le métier. Seul celui qui efface peut écrire.»

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