logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo
star Bookmark: Tag Tag Tag Tag Tag
Switzerland

Idlib saignée par les rivalités russo-turques

L’accord trouvé à Sotchi en 2018 s’annonçait prometteur. Il y a deux ans, Moscou et Ankara s’engageaient à faire d’Idlib une zone refuge «démilitarisée». Soutiens et adversaires de Bachar el-Assad parvenaient à trouver un terrain d’entente. Ce cessez-le-feu arraché après des semaines de tractations et l’échec du processus de Genève couronnait de succès une démarche entreprise par la diplomatie russe. Aujourd’hui, la confiance est rompue et les promesses de paix sont loin. La région d’Idlib est à feu et à sang. Un nouveau désastre humanitaire se profile.

Tout à son projet d’anéantir les forces kurdes et à aider les «insurgés», Recep Tayyip Erdogan a poussé son armée sur Idlib. Le président turc a ainsi pris le risque d’une confrontation directe avec l’armée syrienne et son allié russe. Une situation potentiellement explosive. Le chef de la diplomatie européenne, l’Espagnol Josep Borrell, craint que «ces tensions ne déclenchent un conflit régional plus large». Le président turc n’est pas le seul à avoir jeté de l’huile sur le feu. En épaulant l’armée de Bachar el-Assad dans sa reconquête d’Idlib, Moscou a aussi contribué à faire voler en éclats l’accord de Sotchi. Aujourd’hui, la démonstration est faite qu’il s’agissait d’un accord de dupes qui a permis à chacun d’attendre le moment propice pour jouer sa propre partition.

La guerre des nerfs

Pour Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (CERMAM), tout le monde savait à quoi s’attendre. «La Russie a toujours défendu le droit de Bachar el-Assad à reprendre le contrôle de toute la Syrie et donc d’Idlib», rappelle-t-il. Pour autant, «ni Moscou ni Ankara n’ont intérêt à ce que la situation ne dégénère en affrontement direct», souligne-t-il. Pour l’heure, chaque camp s’emploie à jouer avec les nerfs de son adversaire en poussant ses pions.

La Russie a toujours défendu le droit de Bachar el-Assad à reprendre le contrôle de toute la Syrie et donc d’Idlib

Hasni Abidi, Directeur du CERMAM

Depuis un an et demi, le régime syrien met la pression pour bouter les djihadistes hors les murs. Une offensive qui s’étend au sud et à l’est de la province d’Idlib ainsi qu’au sud et à l’ouest d’Alep. Depuis le mois de décembre, le rythme des bombardements n’a fait que s’amplifier. Pris sous un déluge de feu, les groupes rebelles ripostent en tirant des roquettes et des mortiers. Il reste que le rapport de force sur le terrain tourne en faveur du régime. Appuyées par Moscou, les forces syriennes sont parvenues à reprendre mardi le contrôle de l’autoroute M5 qui relie le sud du pays à la grande ville d’Alep, dans le Nord, en passant par la capitale, Damas. Un objectif stratégique. Sans doute un tournant dans le conflit. Un revers, en revanche, pour les insurgés mais aussi pour Ankara, qui a envoyé, en vain, des milliers de soldats dans la région pour bloquer l’avancée de l’armée syrienne. Cinq soldats turcs ont été tués.

Cliquez pour agrandir

Recep Tayyip Erdogan a menacé de frapper «partout» le régime syrien si son armée ne se retirait pas d’Idlib d’ici à la fin du mois. Signe qu’un cap a été franchi, le président turc a aussi tancé la Russie pour sa «complicité dans le massacre des civils». Les raids aériens et les tirs d’artillerie sur la région d’Idlib ont causé la mort d’environ 200 personnes depuis le début de l’année, selon l’ONU. Moscou a renvoyé le compliment en rappelant que la Turquie n’avait rien fait pour «neutraliser les terroristes présents à Idlib». Ambiance… Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergei Lavrov, doit rencontrer son homologue turc Mevlut Cavusoglu ce dimanche à Munich. Si la tension est extrême, Moscou devrait cependant chercher à calmer le jeu. «Trop se fâcher avec Erdogan, c’est prendre le risque de le voir pencher un peu trop du côté américain. C’est un opportuniste et quelqu’un de pragmatique. Les Russes le savent», relève Hasni Abidi.

Themes
ICO