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Du médecin-bec aux tenues high-tech, la science face au virus

Des images dignes d’un film de SF déferlent sur nos écrans depuis l’apparition du coronavirus. Nos poils se hérissent lorsque nous voyons ces armées de soignants confinés dans leurs combinaisons hermétiques, engagés dans une lutte sans merci contre un ennemi microscopique. La combinaison rend visible l’invisible. Comme si la réalité dépassait la fiction, médecins, infirmiers et ambulanciers se muent en personnages de productions postapocalyptiques véhiculant des peurs ancestrales. Or ce sont désormais nos villes que quadrillent ces héros dont le superpouvoir est de pourchasser un virus.

«La modification de l’ordinaire nous fait prendre la mesure de l’extraordinaire»

Gianni Haver, professeur de sociologie de l’image et d’histoire sociale des médias à l’UNIL, décrypte le sentiment d’angoisse qui nous agrippe à la vue de ces combinaisons de protection. «Elles dressent une barrière à la dimension humaine du soignant, car on ne voit plus son visage. Toutefois, cela reste relatif, car le discours du praticien, lui, est très humain.» Ces tenues réveillent aussi un autre sentiment. «La protection de l’autre accentue le danger que nous courons en tant qu’individu. Lorsqu’on voit quelqu’un s’approcher de nous dans cet accoutrement, notre faiblesse est mise en évidence.» Nul besoin de la combinaison complète, d’ailleurs, pour se sentir bileux. Une simple course au supermarché du coin déploie son lot de signes anxiogènes: masques, plexiglas à la caisse, marques au sol. Autant de symboles du danger, explique Gianni Haver. «La modification de l’ordinaire nous fait prendre la mesure de l’extraordinaire.»

Becs parfumés

Bien évidemment, l’effroi provoqué par les combinaisons de protection ne date pas de l’apparition du Covid-19. Lors des épidémies de peste du XVIIe siècle, les fameux «médecins-becs» avaient des allures d’oiseaux de mauvais augure. L’invention de ce costume est attribuée à Charles de l’Orme (1584-1678), médecin d’Henri IV, de Louis XIII puis de Louis XIV. Il l’aurait mis au point en 1619 pour permettre aux praticiens de se rendre au chevet des malades sans risquer d’être contaminés à leur tour.

En 1721, le médecin genevois Jean-Jacques Manget en livre une description détaillée dans son «Traité de la peste recueilli des meilleurs auteurs anciens et modernes»: «Le nez en forme de bec, rempli de parfums et oint intérieurement de matières balsamiques, n’a véritablement que deux trous, un de chaque côté, à l’endroit des ouvertures du nez naturel […]. Sous le manteau, on porte ordinairement des bottines à peu près à la polonaise, faites de maroquin du Levant, des culottes de peau unie, qui s’attachent auxdites bottines, et une chemisette aussi de peau unie, dont on referme le bas dans les culottes. Le chapeau et les gants sont aussi de même peau.»

Un médecin pendant la peste de Rome (1656), gravure de Paul Fürst. (Wikipedia)

La confection de cet étrange attirail repose sur la théorie des miasmes, remontant à l’Antiquité et décrite par Hippocrate. En résumé, les épidémies se propageraient à cause d’émanations nocives se répandant dans l’air. Pour se protéger de ces vapeurs viciées, les soignants portaient donc ces longs becs en cuir dans lesquels ils plaçaient des éponges imprégnées de fleurs séchées, d’herbes aromatiques et d’épices. Malheureusement, nombre de médecins-becs ont à leur tour succombé de la peste, du choléra et d’autres maladies infectieuses. Répandue pendant des siècles, la théorie des miasmes s’est révélée infondée. Il faudra attendre le XIXe siècle pour que la découverte des microbes la batte définitivement en brèche.

Les progrès de la médecine ont permis à la science de développer de nouveaux moyens de lutte contre la propagation des épidémies. Selon un article paru le moins dernier dans «The Gardian», l’origine de la combinaison moderne de protection remonte à 1910. Lors de la peste de Mandchourie, le médecin chinois Wu Lien-teh (1879-1960) «a insisté pour que tous les médecins, les infirmières et le personnel d’inhumation portent un simple masque de gaze qu’il avait conçu». Lors de la grippe espagnole de 1918, les masques étaient largement répandus parmi les soignants, comme le montrent les photographies en noir et blanc. Dès les premières décennies du siècle dernier, «le secteur chimique et nucléaire a mis au point la combinaison moderne de protection contre les matières dangereuses, dont les versions médicales ont été largement utilisées lors des épidémies d’Ebola des années 1990», rapporte «The Guardian».

Danger du déshabillage

Aujourd’hui, des chercheurs du monde entier travaillent à l’élaboration de combinaisons toujours plus high-tech. À l’EPFL, le projet SmartPPE a été lancé en 2013 dans le cadre de la lutte contre l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest. L’équipe du Centre EssentialTech, en partenariat avec les HUG, Médecins sans frontières Suisse et le fabricant de tenues de plongée SFTech, a mis au point un prototype d’EPI (équipement de protection individuel), encore en cours de validation.

Car les combinaisons doivent répondre à toutes sortes de critères qui peuvent se révéler de véritables casse-tête. Comme le résume Klaus Schönberger, directeur du Centre EssentialTech, «il s’agit de trouver le meilleur équilibre entre de nombreux facteurs, à savoir le confort et la facilité d’utilisation, l’efficacité, le coût mais aussi la faisabilité technico-industrielle, car si l’équipement ne peut être fabriqué qu’à quelques exemplaires par la NASA il ne sera pas d’une grande utilité pour lutter contre une pandémie».

Le prototype de combinaison du projet SmartPPE. (Photo: EPFL/Alain Herzog)

À chaque virus sa particularité. La tenue optimale ne sera pas la même pour lutter contre Ebola ou contre le COVID 19. «La solution technologique va dépendre du type de menace contre lequel on veut se protéger, et notamment son mode de transmission, et du type de protection recherché, mais aussi de son contexte, confirme le scientifique de l’EPFL. Par exemple, Ebola est un virus transmis via les fluides corporels, on va donc rechercher un tissu avant tout imperméable.» La firme américaine Dupont, l’un des principaux fournisseurs mondiaux d’EPI, utilise plus de quinze sortes de tissus différents, note «The Guardian». En pleine crise du coronavirus, l’entreprise a activé 19 installations de production dans neuf pays pour livrer plus de 9 millions de vêtements par mois, indique-t-elle sur son site internet.

Cela dit, même la combinaison la plus élaborée comportera toujours une faille: le déshabillage. «Les différentes étapes du processus sont critiques, car le soignant risque de s’autocontaminer en touchant du matériel infectieux resté sur sa tenue, explique Klaus Schönberger. Cela s’applique également aux masques respiratoires, qui doivent être enlevés soigneusement après usage.»

Du médecin-bec aux équipements high-tech du XXIe siècle, les combinaisons portent une signification commune. «Au XVIIe siècle, l’homme-oiseau quitte presque le domaine de la science pour celui du chamanisme, observe Gianni Haver. Dans une certaine mesure, cet aspect symbolique colle aussi aux tenues d’aujourd’hui.»

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