Switzerland

Dissocier le Léman Express? Prématuré, selon les CFF

Tout n’a pas encore été tenté pour remédier aux difficultés initiales que rencontre le Léman Express. Tel est le crédo des CFF, l’un des opérateurs qui assurent ce nouveau service transfrontalier avec la SNCF, alors que des voix issues des métiers ferroviaires appellent à une trêve.

Dans notre édition de jeudi, des représentants des cheminots décrivaient les écueils actuels et doutaient de la possibilité d’y remédier à court terme afin d’assurer un service convenable au public. La clientèle se plaint de trains trop souvent supprimés, retardés ou abrégés, des phénomènes qui se sont aggravés depuis que le réseau s’est véritablement déployé à l’échelle transfrontalière, mi-janvier, après que le mouvement de grève en France s’est apaisé. Ces interlocuteurs du milieu ferroviaire, sous couvert d’anonymat, plaidaient pour que l’on dissocie à nouveau, même de façon temporaire, les réseaux suisses et haut-savoyards à la hauteur d’Annemasse, le temps que les troupes de chaque opérateur prennent en main leurs nouveaux trains, s’y accoutument et aplanissent les écueils rencontrés.

«Le plan existe»

Une perspective inimaginable aux yeux de Lémanis, la filiale ad hoc des CFF et de la SNCF. «Le Léman Express est conçu comme un réseau transfrontalier, c’est ce qui fait sa complexité mais aussi son utilité, a déclaré son directeur Mario Werren au «Temps». Nous ferons tout pour qu’il le reste.»

Le scénario d’une dissociation des réseaux que le tronçon ferroviaire CEVA a réunis n’est pourtant pas une abstraction. «Le plan existe et il a été appliqué lors de la grève, concède Alain Barbey, directeur des CFF pour la Suisse romande. Mais l’idée reste de parvenir à l’objectif final fixé par le politique, d’aller de bout en bout. Je suis sûr que nous y parviendrons, des choses doivent encore être activées en ce sens. Mais si vraiment on devait échouer, on arriverait à ce genre de scénario. Ce ne serait pas définitif, ce serait pour rétablir ensuite la liaison.»

Le Flirt de la déception

On l’a compris: une dissociation constituerait un derniers recours à éviter à tout prix, sans qu’on puisse l’exclure totalement. Une scission pourrait d’ailleurs n’être que partielle et ne viser que les branches les plus fragiles du réseau. «Sur la ligne L1 (ndlr, celle qui a pour terminus Évian), on y arrive assez bien, poursuit Alain Barbey. On ne trouve pas la même qualité sur les lignes qui relient La Roche-Sur-Foron à Saint-Gervais ou Annecy.» N’ayant pas été modernisés, ces tronçons sont encore équipés d’une signalisation manuelle, non-automatisée.

Le dirigeant confirme les problèmes rencontrés avec la partie helvétique de la flotte du Léman Express, les trains Flirt. «Le matériel roulant est clairement décevant et ce qui l'est encore davantage, c’est le manque de réactivité du constructeur face à ces défauts qui sont sous garantie et nécessitent son intervention», accuse le directeur, qui se dit compréhensif face au ras-le-bol du personnel. Il note que des améliorations ont déjà été trouvées comme dans le passage de témoin des conducteurs à Annemasse ou les rebroussements à Coppet. Mais la stabilisation prendra du temps, notamment parce qu’on a «sous-estimé les différences dans les façons de travailler».