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Switzerland

Cointrin pris d’assaut malgré l’alerte climatique

Cet été, le nombre de passagers à Cointrin a encore augmenté. En juin, 1,49 million de personnes sont passées par l’aéroport, au décollage ou à l’atterrissage, soit 5,72% de plus qu’en juin 2018, selon des statistiques de l’Aéroport que nous nous sommes procurées. En juillet et en août, deux mois qui figurent parmi les plus chargés de l’année, les hausses étaient respectivement de 2,67% et 2,58% par rapport à la même période de l’an dernier.

En avril et en mai dernier, le nombre de passagers par mois avait légèrement reculé, laissant entendre que les innombrables marches en faveur du climat et le message véhiculé par la jeune militante suédoise Greta Thunberg avaient porté leurs fruits. Les défenseurs du climat ciblent en effet l’aviation, un mode de transport censé être beaucoup plus polluant que les autres.

Folle décennie

La baisse des mois d’avril et de mai était d’autant plus inédite qu’il fallait remonter à l’année 2009, dans le sillage de la crise financière mondiale, pour trouver deux mois consécutifs de repli à Cointrin dans l’aviation de ligne. Mais ce printemps, des observateurs nuançaient les diminutions, soulignant que le week-end pascal et celui de l’Ascension sont tombés tardivement cette année, ce qui a pu biaiser les comparaisons.

En réalité, depuis 2010, le nombre de passagers augmente chaque année à l’aéroport. Il a même plus qu’explosé au début de la décennie, notamment en 2011 (+11,35%). En 2015, pour la première fois, l’Aéroport a recensé chaque mois plus d’un million de passagers. L’année suivante, une hausse de 5,15% était enregistrée. En 2017, résultat similaire (+4,97%), et l’an dernier (+1,95%), le chiffre le plus faible depuis 2009. Cette année-là, 10,7 millions de personnes avaient décollé ou atterri de Cointrin; on en était à 17,4 millions en 2018.

Sur les huit premiers mois de 2019, les statistiques de l’Aéroport font état d’une croissance moyenne de 1,82% sur l’aviation de ligne. Les défenseurs du climat doivent-ils se réjouir du fait que ce soit le résultat le plus faible de la décennie? Le directeur de l’Aéroport, André Schneider, prévenait en juin dans nos colonnes qu’il est normal que les taux de croissance diminuent car, l’aéroport étant désormais connecté à un grand nombre de destinations, les ouvertures de nouvelles lignes diminuent.

Surprise et découragement

«Vu les nombreuses manifestations de ce printemps, la croissance de cet été à l’aéroport peut paraître surprenante», analyse-t-il aujourd’hui, en relevant que le bassin démographique s’est accru et que l’économie régionale reste en croissance (voir ci-dessous). «Septembre se présente bien également, mais pour la suite, il est très difficile de faire des prévisions», ajoute André Schneider.

«Si changer les habitudes était facile, ça se saurait», souligne Isabelle Pasquier-Eichenberger, députée Verte au Grand Conseil. «Les offres alternatives à l’avion ont été démantelées, il faut les remettre en état et en faire la promotion», estime-t-elle. «C’est absolument décourageant», estime de son côté Dominique Bourg, professeur à l’Institut de géographie et durabilité de l’Université de Lausanne. «Quand il y a un danger, normalement, les autorités publiques prennent des mesures pour protéger la population, mais là, elles ne font rien.»

Berne planche ce lundi

Dominique Bourg souligne que depuis 2018, pour la première fois, les canicules ont lieu simultanément dans l’hémisphère Nord. «Seuls les Scandinaves semblent se rendre compte du dérèglement climatique», relève-t-il encore, alors qu’en Suède, les chiffres du trafic aérien font état d’une baisse importante depuis le début de l’année, au sein du pays mais également sur les vols internationaux.

Ce lundi à Berne, le Conseil des États doit s’atteler à la révision de la loi sur le CO2, destinée à lutter contre le réchauffement. Le texte contient notamment une mesure visant à introduire une taxe sur les billets d’avion, comprise entre 30 et 120 francs. La semaine dernière, le Conseil national a accepté une motion dans ce sens de Jürg Grossen (PVL/BE).

Le trafic de marchandises s’écroule

À Cointrin, si le trafic de passagers croît, celui des marchandises est en chute libre. La halle de fret de l’aéroport a fait transiter 8,6% de kilogrammes de cargaison en moins durant les huit premiers mois de l’année par rapport à la même période en 2018. La chute s’est encore accentuée cet été. Il faut remonter à l’année 2013, morose, puis au lendemain de la crise financière de 2008 pour trouver un repli similaire.

«Les chiffres du fret de l’aéroport de Genève ne sont pas anecdotiques», selon Jérôme Schupp, analyste chez Prime Partners. «Ils confirment la tendance dans l’industrie en Europe et en Suisse, et ce qu’indiquent les autres indicateurs conjoncturels.»

Plusieurs grands noms d’industriels romands ont fait état de résultats en baisse et de carnets de commandes dégarnis. Le bénéfice net de Bobst, un fournisseur vaudois de machines pour l’industrie de l’emballage, a été divisé par trois au 1er semestre. Les groupes ABB, Georg Fischer ou encore Clariant ont fait part de résultats similaires. «L’industrie, en Asie, en Europe, particulièrement en Allemagne et en Suisse, subit les effets des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, estime Jérôme Schupp. Menacer d’augmenter les taxes douanières incite les industriels à geler leurs investissements.»

La baisse sur le fret aérien à Cointrin, qui porte plutôt sur des marchandises légères et à haute valeur ajoutée, indique que la bijouterie et l’horlogerie subissent également des vents contraires. En août, les exportations helvétiques ont reculé pour le second mois d’affilée, selon l’Administration fédérale des douanes.

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