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Cinéma: «Possessor Uncut», un film d’horreur contre la technologie

Brandon Cronenberg, fils du légendaire David Cronenberg, propose un récit ultra-violent où des assassins en col blanc prennent le contrôle du corps de leurs victimes à l’aide d’une technologie de pointe.

Des critiques endurcis ont sursauté lors de la présentation du film au festival de Sundance.

Des critiques endurcis ont sursauté lors de la présentation du film au festival de Sundance.

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Réaliser un film d’horreur en 2020 n’est pas le moindre des défis: il faut pouvoir rivaliser avec une pandémie dévastatrice, des flambées de colère contre le racisme et les brutalités policières, sans compter l’une des campagnes électorales américaines les plus tendues de l’histoire.

Pour Brandon Cronenberg, fils du légendaire réalisateur David Cronenberg, proposer un récit ultra-violent mettant en scène des assassins en col blanc prenant le contrôle du corps de leurs victimes à l’aide d’une technologie de pointe semblait plus pertinent que jamais.

«Quand on voit l’ingérence de la Russie dans les élections américaines, je pense qu’on commence tout juste à se rendre compte de ce que ça veut dire de vivre dans une société entièrement sur internet», déclare l’auteur de «Possessor Uncut», qui sort vendredi.

«D’une certaine manière, nous sommes tous susceptibles d’être piratés, et il n’y a aucun moyen d’y échapper. C’est la société d’aujourd’hui et ça va être intéressant, et peut-être terrifiant, de voir où ça nous mène», estime Brandon Cronenberg.

Ce film d’horreur mâtiné de science-fiction et de thriller suit la tueuse à gages Tasya Vos (Andrea Riseborough) tandis qu’elle prend le contrôle de sa victime, jouée par Christopher Abbott. A l’aide d’un implant cérébral, la tueuse l’oblige, à son insu, à se lancer dans une série d’assassinats sanglants pour éliminer le PDG d’une firme aux méthodes dignes de Big Brother, joué par Sean Bean (Eddard Stark dans «Game of Thrones").

Bonnes critiques

Distribué par NEON (à l’origine du succès de «Parasite», grand vainqueur de la dernière édition des Oscars), «Possessor Uncut» a été très bien accueilli par la critique malgré ses scènes d’une violence parfois extrême et très explicite.

Des critiques endurcis sursautaient lors de sa présentation au festival de Sundance, en janvier dernier. «La violence dans les films devrait être viscérale et dérangeante; c’est plus déstabilisant pour moi de voir un film d’action interdit aux moins de 13 ans où cent personnes meurent sans verser une goutte de sang», se justifie Cronenberg.

«Si en tant que cinéaste, vous ne prenez pas la violence au sérieux, alors vous la banalisez. Je pense que c’est une attitude plus douteuse que de montrer explicitement cette violence», lance le réalisateur canadien.

«Mise à mort de l’intimité»

Dans «Possessor Uncut», l’univers est une version légèrement modifiée de notre monde, où l’avancée des neurosciences permet de «prendre physiquement le contrôle du cerveau grâce à des impulsions électriques».

Une vision sombre et grinçante de la modernité et des progrès techniques familière des fans de la série «Black Mirror», qui est «devenue un genre à part entière», estime Brandon Cronenberg.

L’un des épisodes de «Black Mirror» imagine que la police enquête sur des meurtres en téléchargeant littéralement les souvenirs des témoins potentiels depuis leur cerveau. Dans «Possessor Uncut», la possession technologique opérée par les assassins «est une métaphore de ce genre de surveillance», selon le réalisateur.

Le quadragénaire a écrit son film au moment où Edward Snowden, ancien employé des services de renseignements des Etats-Unis désormais considéré comme un lanceur d’alerte, dévoilait l’intrusion de ces services dans la vie privée de ses concitoyens. «J’étais très en colère de la mise à mort de l’intimité par la technologie, et le fait que les gouvernements voulaient à ce point violer la vie privée», se souvient Cronenberg.

Pour les spectateurs familiers de l’oeuvre de son père, les scènes ultra-violentes de «Possessor Uncut» ne seront pas une surprise. Pionnier du genre «body horror» reposant sur des scènes corporelles dérangeantes, avec notamment «La Mouche», David Cronenberg est aussi l’auteur du très controversé «Crash» mêlant excitation sexuelle et fascination morbide pour les collisions automobiles, qui lui a valu un prix au festival de Cannes.

Les acteurs de «Possessor» défendent le parti pris de cette violence graphique dans le film, qu’ils estiment justifiée. Andrea Riseborough la qualifie ainsi «d’honnête», tout en comprenant que d’autres puissent ne pas comprendre cette démarche. «Je m’attendais à recevoir plus de réactions haineuses», a quant à lui concédé Brandon Cronenberg.

AFPE

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