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Chronique: Décrédibilisée, l’ONU a besoin de résultats

ChroniqueDécrédibilisée, l’ONU a besoin de résultats

OpinionPierre Ruetschi

Publié aujourd’hui à 08h31

C’est en période de crise que l’on mesure la vaillance des hommes et des femmes ou l’utilité et l’efficacité d’une organisation. Les temps sont durs pour l’ONU. La guerre en Ukraine a montré une fois encore son impuissance dès que les enjeux impliquent les grandes puissances de l’après-Seconde Guerre mondiale. Le droit de veto au sein du Conseil de sécurité des cinq membres permanents (États-Unis, France, Royaume-Uni, Russie, Chine) gèle toute action. Le secrétaire général de l’ONU a été pointé du doigt pour n’avoir rien tenté pendant les premières semaines qui ont suivi l’invasion russe. À juste titre.

Mais António Guterres savait mieux que quiconque que sa mission serait vouée à l’échec. Des déclarations et mises en garde tonitruantes, il en fait tous les jours sur tous les sujets qui fâchent et qui tuent. Mais les effets de ses appels se perdent dans un désert d’indifférence. Installé dans sa maison de verre new-yorkaise, il savait bien que son voyage sur le terrain de la guerre se résumerait à un exercice de style dont lui et son organisation ne pouvaient sortir que meurtris. Mais il n’avait d’autre choix que d’y aller. Il fut ainsi reçu, fin avril, par Poutine à Moscou puis Zelensky à Kiev où il fut remercié par le maître du Kremlin par quelques bombes lâchées à proximité. Provocation doublée d’un absolu mépris. Un autre secrétaire général aurait-il fait mieux? À voir. Le conflit russo-ukrainien montre, une fois encore s’il en était besoin, que l’ONU n’est pas à la hauteur de sa mission. Les réformes sont urgentes, depuis bien trop longtemps.

«Le conflit russo-ukrainien montre, une fois encore s’il en était besoin, que l’ONU n’est pas à la hauteur de sa mission»

Pierre Ruetschi

Mais n’oublions pas le reste de l’appareil onusien. Le Haut-Commissariat aux réfugiés et bien d’autres institutions spécialisées basées à Genève n’ont plus à faire la preuve de leur nécessité. Bien plus ambigus sont l’efficience et le rôle du Conseil des droits de l’homme (CDH), créé sur les ruines d’une Commission des droits de l’homme dévoyée par des membres bafouant les droits humains. Aujourd’hui, le CDH se trouve à son tour menacé des maux de sa prédécesseure. La guerre en Ukraine lui permettra-t-elle d’affirmer sa crédibilité? Rassemblant une claire majorité, l’Ukraine a obtenu la tenue d’une session extraordinaire jeudi à Genève pour débattre des violations commises par l’armée russe. Les condamnations du régime de Poutine se sont enchaînées à la tribune en termes forts et hautement émotionnels, avec une résolution d’investigation sur place à la clé.

Ce n’est pas aux déclarations que l’on mesurera le poids de l’institution, mais bien au travail de ses enquêteurs spéciaux envoyés sur le terrain et au suivi de leurs conclusions. Plus que jamais, le CDH est en concurrence avec d’innombrables autres instances, du Tribunal pénal international aux ONG en passant par les procureurs des États qui tous cherchent à déterminer la nature des crimes de Poutine avec l’objectif, in fine, qu’il soit jugé.

Le CDH saura-t-il faire entendre sa voix au-dessus de la mêlée, veiller à une coordination, sinon une collaboration, des multiples instances impliquées, bref, saura-t-il faire autorité? Ou au contraire s’enlisera-t-il sous les pressions contradictoires et stratégies d’instrumentalisation des acteurs?

Marginalisée, l’ONU a urgemment besoin de retrouver de la crédibilité au moment où l’OTAN et l’Union européenne ont découvert une nouvelle raison d’être. Au risque, sinon, d’un abandon progressif de l’Organisation mondiale, qui, s’il devient définitif, se révélera cuisant pour tous. 

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