Switzerland

Au cachot pour avoir sifflé une gardienne de Champ-Dollon

«Attitude incorrecte envers le personnel», c’est par ce constat administratif qu’un détenu de la prison de Champ-Dollon s’est vu signifier deux jours de cachot le mois dernier. Selon nos renseignements, il est reproché à ce prisonnier, d’avoir, le 20 janvier, sifflé une gardienne.

En raison de cette sanction, l’homme s’est rapidement retrouvé habillé d’une sorte d’uniforme de circonstance, estampillé CFCD (cellule forte de Champ-Dollon), et conduit dans une chambre spartiate avec un matelas posé au sol. Le détenu sud-américain a également perdu sa précieuse place de travail en atelier.

«Humiliant»

Pour son avocat Me Robert Assaël, «imposer un habit spécial, avec cette mention stigmatisante, est dégradant, humiliant et constitue une atteinte à la dignité humaine des détenus, contraire à la Convention européenne des droits de l’homme. Surtout s’ils sont en détention préventive.»

Toute cette affaire débute en effet dans un atelier, celui de la buanderie de la prison. Le détenu, qui y travaillait depuis plusieurs semaines, soutient avoir simplement siffloté. Par gaieté. Sans malice aucune. Son chef entend le petit air et demande rapidement aux détenus présents de se dénoncer: qui a sifflé? Silence.

Le prévenu s’annonce mais conteste avoir adressé cette mélodie à la gardienne. Rien de sexiste dans tout cela, selon lui. Qu’à cela ne tienne, l’homme, après avoir été entendu par un membre de la hiérarchie de la prison, est fouillé puis placé dans une cellule occupée par un détenu puni pour un autre écart de conduite. Décidé à faire reconnaître l’injustice qu’il dit avoir subie, notre homme demande à son avocat de contester la sanction. C’est désormais chose faite auprès de la chambre administrative. Pour Me Assaël, «le problème est qu’en amenant aussitôt la personne au cachot, on l’empêche de faire immédiatement recours. Il ne peut le faire qu’une fois la sanction exécutée. De même, lui supprimer le travail et l’obliger à passer 23 heures sur 24 en cellule, alors que le recours n’est pas tranché, est profondément injuste.»

Tentative de meurtre

À noter que l’homme, prévenu de tentative de meurtre, se retrouve à Champ-Dollon. Il est poursuivi dans le cadre d’une affaire de bagarre au couteau. «Mon client conteste avoir utilisé un couteau. Mais il admet avoir participé à une bagarre. Ce qu’il regrette. Avec son travail à l’atelier, il voulait indemniser la victime.»

Porte-parole du département en charge de la détention, Laurent Paoliello déclare que «d’une manière générale, il est attendu d’un prévenu ou détenu que celui-ci respecte le personnel et le règlement de l’établissement. Lorsque tel n’est pas le cas, et après avoir pu faire dûment valoir son point de vue, il peut être sanctionné. L’autorité compétente, saisie par le prévenu, statuera sur le bien-fondé de la sanction.»