Switzerland

Après Locarno, Carlo Chatrian affronte un nouveau défi en dirigeant Berlin

De Locarno à Berlin. Nommé pour succéder à Dieter Kosslick à la direction de la Berlinale, Carlo Chatrian, qui dirigeait jusqu’alors Locarno, monte en puissance dans la hiérarchie des grands festivals. Les enjeux sont plus élevés, et nombreux sont ceux qui l’attendent au tournant. D’autant plus que l’examen d’entrée s’accompagne de changements immobiliers qui n’étaient pas prévisibles. Le complexe des Cinestar, l’un des lieux importants du festival de Berlin, a fermé début janvier, et le centre commercial des Arkaden, idéal pour les festivaliers désirant se restaurer ou prendre un café pas très loin, est clos pour travaux.

À cela s'ajoutent les premiers reproches, dont celui, purement glamour, qui consiste à pointer la carence de stars dépêchées à Berlin cette année. Les Oscars ayant déjà eu lieu, les grands d’Hollywood n’ont plus besoin du tapis rouge berlinois pour s’offrir une promo sans frais. Mais est-ce la seule explication? Il se peut aussi que les contacts de Chatrian ne soient pas encore aussi étoffés que ceux d’un Kosslick ou d’un Frémaux (le grand manitou cannois), supposition qu’on a pu lire dans la presse berlinoise ces jours.

Malgré tout cela, Chatrian, dont on connaît les goûts avisés, a concocté un volet compétitif qui se tient, du moins sur le papier. Prétendants à l’Ours d’or, les Asiatiques Tsai Ming-liang et Hong Sangsoo (lauréat d’un Léopard d’or à Locarno en 2015) y côtoient le tandem Benoît Delépine/Gustave Kervern, qui passent au crible la société d’aujourd’hui dans «Effacer l’historique», qui sera présenté en début de semaine. Également dans la course, un autre binôme va attirer toute notre attention: les Vaudoises Stéphanie Chuat et Véronique Reymond dévoileront «Schwesterlein» en compétition. Après Locarno, c’est la première fois que les autrices de «La petite chambre» et des «Dames» affrontent un grand festival. Pression maximale, donc.

Pour compléter cette compétition de 18 titres, il faut mentionner l’Américaine Kelly Reichardt, figure majeure du cinéma indépendant, Rithy Panh et son nouveau documentaire, «Irradiés», l’Anglaise Sally Potter, souvent inégale, Philippe Garrel et un nouveau poème, «Le sel des larmes», Mohammad Rasoulof, Christian Petzold, mais encore Abel Ferrara, via «Siberia», dans lequel Willem Dafoe s’isole à l’autre bout du monde. Autant de films susceptibles de plaire à un jury présidé par Jeremy Irons et dans lequel on retrouve Bérénice Bejo.

En attendant, Chatrian a dévoilé un film d’ouverture plaisant, «My Salinger Year» de Philippe Falardeau, cinéaste canadien qui a eu plusieurs fois les honneurs de Locarno. Ce film tourné à New York s’immerge dans les milieux de l’édition et suit les traces d’une jeune femme qui se fait engager dans une agence littéraire représentant le légendaire Salinger, lequel a vécu reclus de 1965 à sa mort. Sigourney Weaver, en agente aguerrie, y est redoutable et plutôt drôle. L’ensemble relève du divertissement intelligent et correspond au genre de films qu’on attend pour débuter Berlin.