Switzerland

Antonio Hodgers veut planter des arbres en ville

Stratégiquement, c’est le plan du Conseil d’État pour anticiper à moyen terme certains effets du réchauffement climatique comme la création d’îlots de chaleur. Mais c’est également, politiquement, la réponse d’Antonio Hodgers, le patron de l’Aménagement et de l’Environnement, aux fortes réactions qu’ont suscité des abattages récents d’arbres pour laisser place à des constructions.

Le message est limpide: non seulement l’État va valoriser le patrimoine arboré, mais il va l’enrichir en faisant passer le pourcentage de canopée (surface que couvre la cime des arbres) dans le canton de 23 à 30% du territoire. Quitte à devoir dégager des espaces de Voirie ou changer des schémas de circulation. La localisation des zones de plantation va être lancée.

Un grand besoin d’ombre

Les premières mesures présentées mercredi par Antonio Hodgers seront en effet suivies dès ce printemps d’un plan d’arborisation cantonale qui a un but principal: revaloriser les arbres particulièrement en milieu urbain. «Genève va fortement subir les effets du réchauffement climatique, explique le conseiller d’État. En 2070, nous pourrions avoir le climat actuel des Pouilles, au sud de l’Italie. Ce sera un bouleversement complet, notamment pour les villes.»

Pour augmenter de 7% la surface couverte par la canopée, il faudra certes conserver au maximum l’existant, mais surtout beaucoup planter. «Il y a un enjeu autour des abattages, qui suscitent énormément d’émotion, mais l’enjeu principal, c’est la plantation, poursuit Antonio Hodgers. L’arbre ne peut plus être le parent pauvre de l’aménagement, l’élément auquel on pense à la fin pour faire joli.»

Et de rappeler que seuls 4% des 5565 arbres abattus en 2019 l’ont été en lien avec des plans localisés de quartier en zone de développement. Dans près de deux tiers des cas, ils étaient justifiés par la gestion du patrimoine arboré ou des problèmes de sécurité. Enfin, 35% concernaient la zone villa.

Les mesures immédiates

Anticipant le futur plan d’arborisation, des mesures immédiates sont prises. L’idée générale, c’est que les arbitrages doivent se faire chaque fois que c’est possible en faveur des arbres lors de projets d’aménagement. Les critères pour les abattages dits de conforts (emprise de chantier, voie de circulation lors de travaux) sont aussi revus.

L’inventaire des anciens plans localisés de quartier (PLQ) avait déjà été annoncé par Antonio Hodgers. Mais cela ne permet pas toujours de modifier la donne: «Aux Vernets, nous ne parvenons malheureusement pas à sauver l’allée de tilleuls, détaille le conseiller d’État. En revanche, nous avons l’objectif de supprimer le parking de la patinoire en face et d’en faire un parc public.»

Une révision du règlement sur la conservation de la végétation arborée apporte aussi quelques nouveautés. À commencer par un renchérissement du coût de l’abattage pour les promoteurs. Dès mars, la compensation sera 50% plus cher, puis de 100% dès 2021. Et cet argent sera dorénavant entièrement reversé sur les fonds communaux. À titre d’exemple, dans le nouveau quartier de Riant-Parc, la valeur compensatoire actuelle serait de 165 000 francs. En 2020, elle passera à 247 500 francs, ce qui couvrira le coût de plantation de 30 arbres en plus.

«Des choix à faire»

En conclusion, le responsable de l’Aménagement insiste sur un point: «Si l’on veut réellement augmenter la surface de la canopée, il faudra faire des choix. Ce qui signifie dégager des espaces de Voirie, réorganiser la circulation à certains endroits et parfois modifier l’implantation des réseaux sous-terrain.»

C’est ce dernier choix qui a été fait dans le quartier de Pont-Rouge pour dégager du terrain. Bénéfice: 80 arbres supplémentaires.