Switzerland

Alger manifeste pour marquer un an de contestation inédite

«Nous ne sommes pas là pour faire la fête mais pour vous démettre.» Repris par des milliers de manifestants au centre d’Alger en ce 53e vendredi de marche populaire, ce slogan se veut une réplique à l’initiative du président algérien, Abdelmadjid Tebboune. Ce dernier vient de décréter le 22 février –date du déclenchement du mouvement populaire qui a emporté son prédécesseur Abdelaziz Bouteflika– «journée nationale de la fraternité et de la cohésion du peuple avec son armée pour la démocratie».

Le chef de l’État, qui multiplie les sorties médiatiques, n’a cessé d’encenser le hirak (mouvement populaire), qu’il qualifie de «béni». «Le hirak a sauvé l’État algérien de l’effondrement», déclarait-il jeudi à «Russia Today». Mais vendredi, la foule était encore plus dense que d’habitude –malgré le blocus routier autour de la capitale–pour scander: «État civil et pas militaire», «Tebboune a été ramené par l’armée», «Les généraux à la poubelle»... Le tout, devant un imposant dispositif policier qui semblait se tenir à distance.

Air de kermesse citoyenne

Mais si les manifestants récusent l’officialisation de l’anniversaire et la légitimité du président qui l’a décrétée, considérant que son élection le 12 décembre est un «coup de force», l’ambiance est à la fête dans les rues du centre de la capitale. Les drapeaux algériens flottent en nombre, tout comme les drapeaux berbères, au milieu de femmes drapées des couleurs nationales, des motards en casquettes vert-blanc-rouge diffusant l’hymne national, des seniors portant les effigies des prisonniers politiques, des jeunes hommes jouant de la musique, des créations artistiques comme ce palais présidentiel en carton avec l’inscription «Palais de son excellence le peuple»…

Un air de kermesse citoyenne bon enfant, gâchée parfois par le vacarme des hélicoptères de surveillance. Partout, des cercles se forment pour discuter ou vilipender, se retrouver après un an de manifestations pacifiques: on y parle des changements et des acquis en un an, mais aussi des déceptions. «Que faire maintenant?» lance un retraité à un groupe de jeunes. «Continuer, car «eux», ils ne lâcheront rien», répondent ces jeunes du quartier populaire de Bab el Oued, venus nombreux en milieu d’après-midi.

Et maintenant?

«Que faire?» C’est à cette question que des activistes du hirak, universitaires, journalistes, avocats, associatifs, etc. tentent de répondre. Dans la foule, on distribue le tout récent Manifeste du 22 février. Un document proposé à discussion entre les Algériens, fruit de réflexions entre des collectifs et des coordinations engagés dans le mouvement populaire, et qui devait être proclamé lors d’une rencontre à Alger des activistes du hirak de plusieurs régions du pays. Mais les autorités ont interdit cette rencontre prévue jeudi.

«Nous ne sommes pas là pour faire la fête mais pour vous démettre.» Repris par des milliers de manifestants au centre d’Alger en ce 53e vendredi de marche populaire, ce slogan se veut une réplique à l’initiative du président algérien, Abdelmadjid Tebboune. Ce dernier vient de décréter le 22 février – date du déclenchement du mouvement populaire qui a emporté son prédécesseur Abdelaziz Bouteflika – «Journée nationale de la fraternité et de la cohésion du peuple avec son armée pour la démocratie».

Le chef de l’État, qui multiplie les sorties médiatiques, n’a cessé d’encenser le hirak (mouvement populaire), qu’il qualifie de «béni». «Le hirak a sauvé l’État algérien de l’effondrement», déclarait-il jeudi à «Russia Today». Mais vendredi, la foule était encore plus dense que d’habitude – malgré le blocus routier autour de la capitale – pour scander: «État civil et pas militaire», «Tebboune a été ramené par l’armée», «Les généraux à la poubelle»… Le tout devant un imposant dispositif policier qui semblait se tenir à distance.

Air de kermesse citoyenne

Mais si les manifestants récusent l’officialisation de l’anniversaire et la légitimité du président qui l’a décrétée, considérant que son élection le 12 décembre est un «coup de force», l’ambiance est à la fête dans les rues du centre de la capitale. Les drapeaux algériens flottent en nombre, tout comme les drapeaux berbères, au milieu de femmes drapées des couleurs nationales, des motards en casquettes vert-blanc-rouge diffusant l’hymne national, des seniors portant les effigies des prisonniers politiques, des jeunes hommes jouant de la musique, des créations artistiques comme ce palais présidentiel en carton avec l’inscription «Palais de son excellence le peuple»…

Un air de kermesse citoyenne bon enfant, gâchée parfois par le vacarme des hélicoptères de surveillance. Partout, des cercles se forment pour discuter ou vilipender, se retrouver après un an de manifestations pacifiques: on y parle des changements et des acquis en un an, mais aussi des déceptions. «Que faire maintenant?» lance un retraité à un groupe de jeunes. «Continuer, car «eux», ils ne lâcheront rien», répondent ces jeunes du quartier populaire de Bab el Oued, venus nombreux en milieu d’après-midi.

Et maintenant?

«Que faire?» C’est à cette question que des activistes du hirak, universitaires, journalistes, avocats, associatifs, etc., tentent de répondre. Dans la foule, on distribue le tout récent «Manifeste du 22 février». Un document proposé à la discussion entre les Algériens, fruit de réflexions entre des collectifs et des coordinations engagés dans le mouvement populaire, et qui devait être proclamé lors d’une rencontre à Alger des activistes du hirak de plusieurs régions du pays. Mais les autorités ont interdit cette rencontre prévue jeudi.

«Le droit des Algériennes et des Algériens à instaurer un nouveau contrat politique consacrant la volonté populaire» et «la pleine souveraineté du peuple dans le cadre d’un système démocratique et civil», telles sont les principales revendications de cette proclamation qui ambitionne de traduire les aspirations d’un mouvement populaire horizontal, divers et qui refuse toute représentation et tout leadership.

«C’est la faiblesse et la force de ce mouvement, un an après sa naissance», explique un des activistes, professeur d’université à Alger. «Éviter la représentation nous préserve de toute récupération par le système qui sait très bien faire ça, mais d’un autre côté, cela laisse le mouvement sans orientations précises, sans projet politique alors que le système, lui, en a un», résume-t-il. Le président Tebboune assure que ses réformes, surtout la refonte de la Constitution, notamment en renforçant les libertés publiques et la séparation des pouvoirs, vient en réponse aux revendications du hirak. Ajoutons à cela la poursuite de l’opération «mains propres» qui touche plusieurs hauts dignitaires du système Bouteflika et de puissants oligarques dans des affaires de corruption.

«Double langage»

«Le pouvoir tient un double langage: d’un côté il demande au hirak de désigner des représentants pour dialoguer, et de l’autre, on nous interdit même le droit de nous réunir», souligne un des activistes du mouvement populaire. «Nous espérons que les autorités abandonneront leur vision strictement sécuritaire pour amorcer une véritable ouverture envers le mouvement populaire», atteste un universitaire manifestant vendredi.

Une situation de blocage qui perdure. D’autant plus que l’aile politique du hirak, le Pacte de l'alternative démocratique (PAD), regroupant des partis de gauche et des laïcs libéraux, semble dépassé sur ses deux bords: le hirak refuse d’être représenté et les autorités refusent la «posture radicale» du PAD. «Le pouvoir joue la montre, espère l’essoufflement du hirak, ce qui est un pari perdu d’avance», relance l’universitaire alors que la foule remonte l’artère centrale Didouche Mourad, saturant l’espace de drapeaux et de slogans. «Un pari perdu et dangereux, conclut-il, la crise socio-économique qui arrive est terrible, et là, ça ne sera pas la fête, mais l’émeute.»