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À Porrentruy, le commissaire sert des verres sans salaire

Le scoop est révélé par le journal de carnaval «To'Porren»: à Porrentruy (JU), le commissaire Vallat mène une double vie... professionnelle! Policier de jour, barman de nuit? Dominique Vallat balaye sèchement cette caricature: «Pour aider ma fille tenancière, je sers les clients quand il y a du monde, souvent le week-end, mais je fais surtout la plonge», dit-il.

Celui qui l'a mis à nu dans «To'Porren», c'est le caricaturiste Pitch Comment, actif dans «La Torche 2.0» et «Vigousse». La caricature n'est pas méchante: au client qui veut commander du poulet, le policier-sommelier demande s'il le veut «aux prunes ou aux amandes?».

Rebaptisé Dommissaire

Prénommé Dominique, le commissaire est rebaptisé Domissaire. Mais quand il s'active derrière le comptoir du «Caram'Bar» de sa fille Megan, il ne lui reste que l'attribut «commis», une blague que l'intéressé reprend à son compte.

«Pour une fois, ça lui fait du bien d'obéir aux ordres», persifle le «To'Porren» («Tout pour rien» en patois), en évoquant un subalterne «tout content de pouvoir remettre le Do à l'ordre quand il ne respecte pas les heures de fermeture».

Réaction du commissaire: «C'est bien la preuve qu'on nous tomberait dessus si on ne montrait pas l'exemple!». Le «Caram'Bar» est soumis «au même règlement que les autres» établissements, dixit le commissaire. La preuve avec une intervention policière qui a servi l'automne dernier à «compenser un manque d'autorité envers des clients» à l'heure de la fermeture.

Double casquette

Samedi dernier, «le matin.ch» a réuni Pitch et son sujet. La veille, Dominique Vallat a travaillé tard: sa fille était à Londres mais il fallait assurer un apéro de mariage... Pitch commande un galopin et évoque la double casquette du commissaire: «Un double képi!», corrige-t-il.

Le pugilat verbal est coriace: «Tout est payé par la commune», persifle le dessinateur en levant sa bière. «Tout faux! C'est du bénévolat», riposte le policier-sommelier, commissaire depuis bientôt vingt ans, à 55 ans, avec sous ses ordres des policiers dans le terrain et d'autres au bureau.

Le plus sympa

Pitch lui lance des fleurs: «On a le commissaire le plus sympa!», lance le dessinateur. Dominique Vallat ne rougit pas: «On est très efficace en restant très compréhensif». Belle illustration de la police de proximité dans une ville de 6 700 habitants où tout le monde se connaît.

Pitch Comment parle du commissaire comme d'un fonctionnaire «jamais énervé»: «Vous êtes cool!», lance le dessinateur moins gentil dans ses dessins. «Je sais élever la voix quand il le faut», corrige l'intéressé, convaincu d'agir avec diplomatie

Coup de couteau

Le commissaire est apprécié et pourtant, ses prérogatives sont sérieuses: aux tâches communales s'ajoutent des compétences cantonales. Porrentruy est une ville tranquille où le dernier crime date de 2008. Mais le commissaire reste davantage hanté par des souvenirs de cadavres que par le coup de couteau de cuisine reçu au thorax lors d'une intervention.

On lui parle de son métier alors qu'au «Caram'Bar», Dominique Vallat essaie d'oublier qu'il est commissaire, selon son expression. «Théoriquement, j'ai congé», dit-il.

Bar fliqué

«Si le bar est fliqué, personne ne viendra», dit une voix. Mais tous les clients ne l'ont pas compris: «Il arrive qu'on m'interroge sur la justification d'une amende», confie-t-il, en attestant du bien-fondé du dessin de Pitch.

Pas grave, «le job veut ça», dit-il. Avant de quitter l'établissement, Pitch Comment fait une confidence: «L'année prochaine, je le dessinerai à la plonge».

Vincent Donzé