Switzerland

À Genève ils jouent avec du grenat, qui est aussi la couleur du drapeau letton

Ils ont fait de la Suisse leur terre d’accueil et de Genève leur deuxième maison. C’est Kaspars Daugavins, ex-star en NHL des Senators d’Ottawa, qui a été le premier à montrer la voie. Lui aussi avait du plaisir à porter un maillot grenat, la même couleur que son passeport et celui du drapeau qui flotte à Riga. Cet artiste, complice de Matthew Lombardi, avait rendu intelligent la rondelle, en faisant briller la glace des Vernets lors de la saison 2013-2014. Avant de repartir chez lui en KHL, l’international letton allait toutefois ouvrir une brèche, attirant d’autres hockeyeurs de talent de son pays à Genève.

«Un jour, Kaspars est venu dans mon bureau pour me demander pourquoi des joueurs français dans l’équipe possédaient une licence suisse, se souvient Louis Matte, alors assistant de Chris McSorley. Je lui ai expliqué qu’il suffisait qu’un frontalier ou un joueur étranger évolue durant cinq ans en novices et en juniors. C’est là qu’il m’a proposé d’aller chercher deux bons éléments dans son pays, qu’il en connaissait qui avait beaucoup de talent…» Et l’envie de venir en Suisse, de tenter une expérience comme en KHL ou en NHL, c’était un rêve.

Arrivés à 15 ans

C’est à ce moment-là que Deniss Smirnovs, fils du coach de Dynamo Riga, et Sandis Smons, tous les deux nés en 1999, sont venus effectuer un test en mai 2014 aux Vernets. «Ils n’avaient que quinze ans et on les a fait jouer un match amical avec des M17. Après cinq minutes, ils étaient engagés!» sourit l’adjoint de Ge/Servette, qui avait d’emblée décelé le talent et l’intelligence de jeu de ces travailleurs courageux qui ont rapidement appris à se débrouiller seuls dans un nouvel environnement et une langue qu’ils ignoraient.

«En partant de chez eux aussi jeunes, ils prouvaient qu’ils étaient motivés à réussir, poursuit Pat Emond, qui les a vus grandir et progresser à l’échelon inférieur avant de les retrouver avec la première équipe cet été. Leurs qualités nous ont aidés notamment à remporter trois titres de champions avec les novices et les juniors», assure le coach québécois, qui rejoint son assistant lorsque celui-ci ajoute que leur présence a poussé leurs coéquipiers vers le haut.

«J'étais prêt à partir»

«À l’époque, mon père avait été l’entraîneur de Daugavins à Riga, explique Deniss Smirnovs. Du coup, Kaspars l’a appelé et c’est ainsi qu’on a débarqué à Genève. Ce n’était pas facile de quitter mon pays, mais mes parents m’avaient bien préparé à vivre cela. À 15 ans, j’étais prêt à partir, à vivre du hockey dans un endroit où le niveau était plus élevé. C’était une belle opportunité.» À l’instar de son pote Sandis, ce grand espoir, bien élevé, brillant, n’a pas fini de remercier sa famille d’accueil, qui l’a aidé à bien s’intégrer et qui, entre deux cours, lui a appris notamment le français.

«On a aussi trouvé une famille avec l’équipe, comme une deuxième maison», sourit l’ex-capitaine des juniors élites, désormais 16 points en 38 matches en National League. Son coéquipier Sandis Smons, qui avait encore besoin de temps de jeu avec Sierre, est prêt à jouer avec lui ce jeudi son 16e match contre les Lions de Zurich et, qui sait, inscrire un deuxième but après celui de samedi passé face à Rapperswil, son premier dans l’élite.

D’autres suivent

Alors que cette filière lettone commence à produire des effets bénéfiques jusqu’en première équipe, deux autres garçons de Riga, nés en 2001, ont également rejoint Genève deux ans après. Les jumeaux Nauris et Nils Sejejs, qui sont passés par les Novices, évoluent désormais avec les juniors Élite. C’est leur père, Normunds, directeur sportif à Riga et ancien joueur du EHC Coire (1999-2000), qui a contacté Louis Matte. L’essai a aussi été concluant.

«Ce n’est pas le même style que Deniss et Sandis, mais ils ont tout autant de talent. Ce sont des travailleurs de bons gabarits qui savent se servir de leurs corps et qui ont l’envie de réussir», se réjouit Pat Emond, qui les a déjà intégrés aux entraînements des Aigles en attendant qu’ils effectuent le grand saut d’ici à deux ans, quand ils auront à leur tour leur licence helvétique.

D’autres espoirs, encore plus jeunes, vont prochainement tenter l’aventure en février aux Vernets. «Mais ils ne seront pas forcément lettons», précise Louis Matte, qui rappelle que le Tchèque Petr Cajka, qui avait effectué ses premiers coups de patin à Zoug avant de partir au Canada, sera considéré comme Suisse la saison prochaine.

Si Ge/Servette a été précurseur en Suisse, le premier à se glisser dans cette filière étrangère, d’autres dans le pays, comme Fribourg Gottéron, Langnau ou Davos ont suivi l’exemple, prêts à leur offrir une terre d’accueil…